Arabie saoudite : MBS, le maître chanteur par excellence
L’homme le plus riche du monde, piraté par l’homme plus puissant du Moyen-Orient. Depuis 2016, Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et Mohammed ben Salmane (MBS), prince héritier d’Arabie saoudite, entretiennent une relation cordiale.
Une "bromance", malgré ce qui pourrait les séparer : Bezos est propriétaire du Washington Post, où Jamal Khashoggi, critique de MBS, tient une chronique. Le 1er mai 2018, sur WhatsApp, Jeff Bezos clique sur un fichier vidéo MP4 vérolé, envoyé depuis le compte du prince saoudien.
De larges quantités de données sont exfiltrées du smartphone du milliardaire. La fuite se poursuit pendant des mois à son insu. Bezos ne la découvrira que plus tard, après avoir mandaté un cabinet spécialisé, FTI Consulting.
Des textos enflammés
En janvier 2019, le patron d’Amazon comprend que son téléphone est vérolé : le National Enquirer, hebdomadaire à scandale américain, publie les textos enflammés échangés avec Lauren Sanchez, sa maîtresse. Les soupçons se portent d’abord vers le frère de l’ancienne présentatrice télé, qui aurait vendu les messages, puis vers Riyad.
Une enquête de deux experts indépendants de l'ONU révèle un an plus tard qu’en novembre 2018 et février 2019, MBS a envoyé à Bezos des messages contenant des informations confidentielles sur sa vie privée, pour l’intimider. Des accusations que l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington a qualifiées "d’absurde"… mais qui rentrent dans une stratégie de pression sur Bezos et son journal. Pour Jamal Khashoggi, le pouvoir saoudien a opté pour une méthode beaucoup plus brutale. Le 2 octobre 2018, le journaliste entre dans le consulat d’Arabie saoudite en Turquie. Il n’en ressortira jamais vivant.