Pourquoi certaines nations prospèrent : la leçon du Nobel d’économie 2024
Dans un article publié dans le Journal des Libertés, Hiver 2024, Jean-Pierre Chamoux, professeur émérite à l’université Paris-Cité, revient sur le prix Nobel d’économie 2024, décerné à Daron Acemoglu, Simon Johnson et James A. Robinson pour leurs recherches novatrices sur le rôle décisif des institutions politiques et économiques dans la prospérité ou la pauvreté des nations.
Ce prix consacre un quart de siècle de travaux communs, visant à démontrer que les institutions façonnent la prospérité ou la stagnation des pays. Dès les années 2000, leurs analyses ont notamment porté sur les anciennes colonies européennes, illustrant l’importance des structures institutionnelles dans la trajectoire économique des États. Leurs publications, traduites et diffusées largement, ont marqué la pensée économique contemporaine, en particulier Why Nations Fail (2012) et The Narrow Corridor (2019).
Dans Why Nations Fail, Acemoglu et Robinson contestent les explications géographiques et climatiques du développement (comme celles de Montesquieu), et soulignent que seules les institutions permettent d’expliquer les écarts de prospérité entre pays ou entre États d’un même peuple, comme les deux Corées ou les deux Allemagnes avant la réunification. Ils opposent deux types d’institutions : extractives, qui concentrent le pouvoir et les richesses, et inclusives, qui favorisent l’investissement, la croissance partagée et la stabilité. Ce clivage structure la trame de leur ouvrage, à travers des exemples variés (Empire ottoman, Chine impériale, URSS, Amérique latine, etc.) qui montrent que les institutions extractives, même efficaces temporairement, conduisent inéluctablement à la décadence ou à l’explosion politique et sociale.
The Narrow Corridor, publié en 2019, approfondit cette réflexion en s’intéressant au lien entre institutions et liberté. L’ouvrage développe la métaphore d’un “couloir étroit” dans lequel les nations doivent se maintenir pour conserver des institutions stables et protectrices. L’échec syrien post-2011, marqué par la désintégration de l’État et l’émergence du Califat islamique, illustre l’effondrement institutionnel absolu. En parallèle, des cas comme la Confédération suisse ou, temporairement, l’Afrique du Sud post-apartheid, montrent qu’un équilibre est possible.
Les auteurs explorent aussi les échecs récents : Venezuela de Maduro, Liban post-2020, Algérie contemporaine, soulignant que ces pays ont quitté ce couloir de la liberté. Ils dénoncent l’idée que la liberté puisse émerger spontanément et insistent sur la vigilance et l’effort constants que son maintien exige.
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