Vote de confiance : le but contre son camp de François Bayrou
Chapeau l’artiste. Le lundi 25 août, un ministre s’empresse de féliciter François Bayrou après son annonce d’un vote de confiance autour du budget. La manœuvre est habile. Le Premier ministre vient de mettre au pied du mur les oppositions, au nom d’une cause d’intérêt général. Comment pourraient-elles récuser le constat d’urgence du Béarnais ? Le retour à la réalité est brutal. Le RN et la gauche baissent le pouce, la chute est inéluctable. "J’ai alors compris qu’il n’avait pas assuré ses arrières", sourit ce ministre, avec une pointe d’effarement.
François Bayrou avait un plan simple, résumé lors de sa conférence de presse : "Chacun va être placé devant ses responsabilités. Le gouvernement prend les siennes, le Parlement aura la décision entre ses mains." Le Premier ministre n’a pas mesuré à quel point le refus de la "confiance" avait la force de l’évidence pour les oppositions. Un tel vote signe une proximité politique avec l’exécutif, indépendante de la question soumise. François Bayrou n’a pas mis sous pression ses adversaires, mais les a désinhibés. Les voilà libres de faire chuter le gouvernement, sans en porter la responsabilité politique. "Le PS et le RN auraient payé un prix avec la censure qu’ils ne paieront pas ici, note un ancien ministre d’Emmanuel Macron. Ils vont créer de l"instabilité sans qu’on le leur reproche."
Le PS conforté, la droite embarrassée
Le Parti socialiste n’est traversé par aucune fracture stratégique à l’approche du 8 septembre. Les tenants d’une ligne constructive joindront leurs votes à celles de leurs collègues. Le parti joue sur du velours. Il n’a pas à se ranger derrière une motion de censure rédigée par la France insoumise. Il se contente de rappeler son appartenance à l’opposition, par un vote des plus naturels. Un opposant, ça s’oppose, édictait François Mitterrand. CQFD. "C’est simple pour nous, admet un député socialiste. Par principe, on ne peut pas faire confiance à Bayrou. Les LR, eux, sont embêtés."
La droite fait grise mine. Elle est sommée de soutenir un Premier ministre impopulaire, qui propose de supprimer deux jours fériés aux Français. L’opportunité de voter la "confiance" a été débattue mardi lors d’une réunion de groupe des députés LR. Certains devraient s’abstenir, voire voter contre. Le Premier ministre a créé moins de remous à gauche que dans sa propre coalition, contrainte de le soutenir au nom de la stabilité. Un député LR, tendance constructive, résume : "Qui a envie de dire : ‘J’ai confiance en François Bayrou ?’"
La "confiance", terme éruptif
Cachez cette "confiance" que je ne saurais voir. Le terme, courant sous la Ve République, ne figure pas dans la Constitution. Seule une déclaration de politique générale (DPG) sera soumise à l’Assemblée nationale le 8 septembre. Nulle part dans les textes, partout dans la conversation publique. La charge symbolique du mot "confiance" vampirise la communication du Premier ministre, qui tente de dépersonnaliser le vote. "Tout le monde parle de vote de confiance, on appelle cela comme ça. […] Confiance n’est pas le bon mot", s’est-il défendu le mercredi 27 août sur TF1.
Ce combat sémantique est vain. Par la faute, aussi, de François Bayrou. Le Premier ministre écrit ici sa légende. Celle d’un homme intraitable sur ses convictions, prêt à quitter le pouvoir pour une cause plus grande que lui. Il déplore aujourd’hui la personnalisation du vote des députés. Le 9 septembre, il est permis de penser qu’il la chérira. Un confident du chef de l’Etat sourit : "Bayrou fait une sortie comme le font les braqueurs de banque encerclés par la police, qui sortent l’arme au poing comme des hommes." Les oppositions peuvent dans ce cas invoquer la légitime défense, et non la bavure coupable. Et échapper au procès en irresponsabilité.