Gaza : épuisés ou écœurés, de plus en plus de soldats israéliens ne veulent plus combattre
40 % des soldats seraient moins motivés pour servir dans l’armée israélienne qu’au début de la guerre à Gaza, selon un sondage du laboratoire Agam de l’Université hébraïque de Jérusalem. Un chiffre concordant avec les derniers sondages dans l’opinion publique israélienne, qui révèlent que la population est majoritairement favorable à un arrêt des combats. Alors que Benyamin Netanyahou entend prendre le contrôle de la ville de Gaza - considérée par Israël comme l’un des derniers bastions du Hamas - et a déjà commencé à y déployer ses troupes, cette réalité pourrait venir compliquer ses plans.
Devant le manque d’effectifs, le gouvernement a même commencé à faire appel à des juifs ultra-orthodoxes pour renforcer les troupes israéliennes. Du jamais vu jusqu’à présent, ceux-ci ayant été jusqu’ici largement exemptés du service militaire. En 2025, l’armée envisage de convoquer 54 000 juifs ultra-orthodoxes, mais elle n’a pour l’heure réussi à convaincre qu’une infime minorité de haredims. A tel point que les rabbins veulent désormais faire monter la tension pour obtenir une loi officialisant l’exemption, qui n’est pour l’heure pas formalisée.
Lassitude et écœurement chez les réservistes
En parallèle, les réservistes historiquement mobilisables, et constituant pas moins des deux tiers des forces déployées à Gaza, sont de plus en plus nombreux à tourner le dos à l’armée, explique CNN. Si certaines organisations de réservistes affichent ouvertement leur hostilité, à l’image de "Soldiers for Hostages", qui multiplie les appels à la défection, d’autres ne l’assument pas aussi directement, mais comptent tout de même de nombreux réfractaires parmi leurs rangs. Selon les chiffres compilés par franceinfo, depuis le début de l’année, 20 % des 300 000 réservistes de Tsahal n’auraient pas répondu à l’appel au combat.
Parmi les motifs évoqués, nombre d’entre eux citent l’épuisement, et le besoin de retrouver leur activité professionnelle et de renouer avec leurs familles. D’autres se disent complètement désabusés par cette guerre dont ils ne comprennent plus le sens et n’adhèrent plus aux modes d’action. Pour autant, Israel compte bien s’appuyer sur les réservistes pour mener son offensive très controversée à Gaza-ville. 60 000 réservistes supplémentaires ont été sollicités par Tsahal rien que pour cette opération, selon le New York Times.
Jusqu’à 40 % d’absents
Cités par le journal américain, des analystes militaires notent que le recours à des réservistes issus de la société civile pour des périodes de combat fonctionne assez bien pour des guerres de courte durée, mais pas pour des guerres longues. Or, la guerre est en cours depuis bientôt deux ans à Gaza et de nombreux réservistes israéliens ont effectué des centaines de jours de service actif, ce qui les a éloignés de leur rôle de père, d’employé ou d’étudiant, expliquent-ils. Pour remédier à cette baisse de motivation, les autorités auraient même entrepris d’envoyer les plus éprouvés sur des fronts plus calmes, comme en Cisjordanie occupée.
Plus inquiétant pour l’état-major israélien, la défection toucherait aussi des membres permanents de l’armée. S’il est difficile d’avoir des chiffres précis, certaines unités de combat dénombreraient quasiment 40 % d’absents à l’heure actuelle, selon les témoignages de plusieurs soldats recueillis par la presse américaine. Des milliers de hauts gradés israéliens à la retraite ont de leur côté signé une pétition pour demander l’arrêt des combats dans l’enclave.
Rien ne dit aujourd’hui si les défections au sein de l’armée sont de nature à mettre à mal les plans du gouvernement Netanyahou. Elles sont en tous cas révélatrices d’un sentiment partagé par nombre de soldats et de civils israéliens, celui que la libération des otages n’est plus l’objectif prioritaire de cette guerre.