Médecine, éducation, administration du roi… Quand le latin régnait en maître à Paris
A la fin du XIVe siècle, un médecin est condamné par la faculté de Paris. Son "crime" ? Il exerce sans connaître le latin ! Un comportement aberrant aux yeux d’une institution qui emploie exclusivement cette langue et entend bien lui conserver son monopole. Et la preuve que, près de dix siècles après la chute de l’Empire romain, le latin est toujours là, et bien là. Il est vrai que la langue de Cicéron dispose d’un autre allié de poids : l’Eglise ce qui, dans une monarchie de droit divin, n’est pas exactement un détail.
Et ne croyez pas, malheureux, que son emploi se limite aux seuls offices. Le latin occupe également une place majeure dans l’éducation. L’île de la Cité, à cette époque, est non seulement l’épicentre de la vie religieuse parisienne, mais aussi celui de l’enseignement. Et les cours, bien sûr, se donnent en latin. Des punitions sont mêmes administrées aux élèves surpris à parler français.
Il règne tout autant au sein de la puissante Sorbonne dont les 10 000 étudiants représentent à eux seuls… 10 % de la population parisienne totale ! La plupart de ces jeunes gens ne voient pas l’intérêt d’apprendre le français, ce dialecte non codifié qui ne leur serait d’aucune utilité pour leur carrière. "Ils parlaient donc couramment le latin de l’université et un autre, plus oral, plus bricolé", précise le linguiste Gilles Siouffi. N’allez pas chercher plus loin l’origine du "quartier latin" !
La situation est semblable au sein de la chancellerie - l’administration du roi. Ceux qui la composent, éduqués dans l’admiration d’Ovide, de Pline et de Tacite, méprisent souverainement le français, cet idiome du quotidien et du vulgaire. Qu’on ne leur demande pas de l’employer pour servir l’Etat ! Sous Charles IV (1322-1328), 9 actes sur 10 sont encore rédigés dans la langue de Cicéron.
Il faudra attendre la Renaissance pour voir le rapport de force s’inverser. Avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), François Ier chasse le latin de la justice. Dans l’imprimerie naissante, le latin devient minoritaire dès 1575. Même la Bible, à l’initiative des protestants, commence à être diffusée en français. Le latin, lui, entame son lent déclin.
Vae victis…