Christian Bimueller (BlackRock) : "Le potentiel des ETF reste immense"
De passage à Paris, Christian Bimueller, responsable de la distribution numérique en Europe continentale chez BlackRock, analyse les tenants de la croissance des ETF, encouragée par le succès des plans d’investissement programmés.
L'Express : Comment le monde de l’épargne a-t-il évolué ces dix dernières années ?
Christian Bimueller : Deux évolutions majeures ont transformé le paysage. Tout d’abord, la pandémie de Covid-19 a accéléré la digitalisation, tant pour la consommation en général que pour l’investissement. Ensuite, de nouveaux acteurs ont profondément modifié l’offre et les habitudes des épargnants.
Il y a dix ans, les courtiers en ligne dominaient en matière d’offre numérique, proposant surtout des actions, fonds communs de placement et ETF. Puis sont arrivés les robots-conseillers et les néobrokers, qui ont simplifié l’accès à l’investissement via des parcours clients intuitifs et des tarifs plus bas. Ces dernières années, les néobanques ont à leur tour intégré des solutions d’investissement, avec comme credo la simplicité, l’accès mobile et un public plus jeune. Elles ont attiré de nombreux investisseurs débutants. Aujourd’hui, le marché est façonné par la coexistence des courtiers traditionnels, des nouveaux entrants numériques et de banques classiques qui renforcent leur présence en ligne. Beaucoup se déploient à l’échelle européenne et évoluent vers une logique de "guichet unique" - banque, épargne et investissement réunis.
L’essor des ETF chez les particuliers peut-il se poursuivre ?
Oui, car le potentiel reste immense. La culture boursière en Europe est encore relativement limitée et dans le cadre de notre dernière enquête People & Money, plus de 21 % des Européens ont affirmé ne pas avoir de placements. Les ETF bénéficient de cette marge de progression, soutenus par l’essor des plateformes numériques.
Quelle est la recette du succès de ces plateformes ?
Elles ont supprimé des barrières qui freinaient l’investissement. Autrefois, un minimum était exigé pour accéder à un conseiller. Aujourd’hui, on peut très facilement commencer avec 1 euro. La technologie facilite aussi l’accompagnement pédagogique avec le recours à des tutoriels, des contenus éducatifs ou encore des simulateurs… Les principaux freins restent le manque de moyens (cité par 65 % des personnes interrogées lors d’un sondage que nous avons réalisé) et le manque de connaissances (23 %). D’où l’importance de combiner accessibilité financière et formation pour aider à investir régulièrement et sur le long terme.
Pourquoi les ETF séduisent-ils particulièrement les jeunes ?
Ils sont simples à comprendre et à suivre, souvent adossés à des indices connus comme le MSCI World. Les jeunes apprécient aussi la possibilité de démarrer avec de très petites sommes, via des plans d’investissement mensuels. L’innovation produit joue aussi un rôle clé, par exemple en France, où nous proposons des ETF éligibles au PEA, adaptés au marché local.
Comment expliquez-vous le succès des plans d’investissement programmés ?
Ce système a été développé il y a une dizaine d’années, en Allemagne, pour faciliter l’adoption des ETF par les investisseurs particuliers. A cette époque, la technologie n’était pas aussi aboutie et le ticket d’entrée était de 50 à 100 euros. Les investisseurs devaient eux-mêmes convertir un montant mensuel d’épargne en parts d’ETF, ce qui était fastidieux. Le développement du trading fractionné a changé la donne : désormais, l’investisseur détermine un montant fixe mensuel (150 euros, 200 euros…) et la plateforme achète automatiquement le nombre de parts correspondantes, sans se soucier de la variation du cours de l’ETF.
De plus, ce système très simple permet d’investir régulièrement, indépendamment des fluctuations du marché, ce qui lisse le prix d’achat et réduit le stress lié au "timing" d’entrée. Le résultat est là avec 11 millions de plans d’épargne mensuels en Europe, 18 milliards d’euros de flux annuels et une croissance de plus de 40 % en 2024. D’ici à 2028, nous estimons que les montants investis dans ces plans dépasseront 64 milliards d’euros par an.
Ces plans concernent-ils aussi les investisseurs plus aisés ?
Il s’adresse à tous les profils, à condition qu’ils soient autonomes. Les novices commencent avec 10 ou 20 euros par mois, tandis que les investisseurs expérimentés peuvent y allouer 500 ou 1 000 euros mensuels. D’ailleurs, de nombreuses plateformes numériques se tournent désormais vers le segment des clients fortunés, avec des offres adaptées à ce créneau. Par exemple, BlackRock travaille avec Scalable Capital, plateforme paneuropéenne d’investissement en ligne, qui propose aux clients patrimoniaux l’accès aux marchés privés avec un investissement minimum de 10 000 euros.