Quand le logement social sert de résidence secondaire
La locataire d’un logement social a été expulsée pour défaut d’occupation des lieux. Dans les faits, elle l’utilisait comme une résidence secondaire. Ayant reçu le transfert du bail au décès de sa mère, elle avait admis être « moins présente » en raison de « séjours prolongés auprès de sa sœur âgée ». Dans son jugement, le tribunal judiciaire de Paris a rappelé que l’attribution d’un logement social ne peut servir de « résidence secondaire compte tenu de la nécessité d’assurer un logement principal à ceux qui en ont besoin ».
Cette affaire judiciaire montre, une fois de plus, que le logement social ne profite pas qu’aux plus pauvres. C’était déjà la conclusion d’une étude de l’Institut Sapiens en 2018. En l’espace de 20 ans, la part des plus démunis qui en bénéficie est passée de 24 % à 7,7 %, tandis que 64 % des ménages français y sont éligibles. Contrepoints s’en est fait l’écho. Le principe même du logement social repose en effet sur le clientélisme politique : les décideurs ont un intérêt électoral à élargir les critères d’éligibilité pour permettre à de potentiels électeurs de profiter de logements non soumis à une concurrence libre. Certains fonctionnaires bénéficient d’ailleurs d’un véritable passe-droit : l’État peut réserver 5 % des logements sociaux aux agents de la fonction publique d’État.
Après le logement social utilisé par des ministres et des députés, on apprend qu’il sert aussi de résidence secondaire.
On peut difficilement affirmer que l’objectif sous-jacent derrière l’idée de logement social, à savoir réduire le mal logement, ait été atteint : le nombre de SDF a doublé en dix ans. Bien que 40 % des logements sociaux construits au sein de l’UE se trouvent en France, la crise du logement persiste depuis des années (chute des permis de construire, inflation, raréfaction de l’offre…). Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat (USH), continuetout de même de croire qu’il aurait fallu en construire encore plus. Le marché du logement n’échappe toutefois pas aux lois qui régissent la sphère économique. En perturbant le marché, il réduit l’offre de logements privés et contribue à la pénurie.
Illustration de couverture ©Babsy via Wikimedia Commons
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