Après leur ultimatum, Sébastien Lecornu propose une rencontre aux syndicats
L’ambiance apparaît déjà électrique. Moins de deux semaines après la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, les organisations syndicales ont lancé vendredi 19 septembre un "ultimatum" au nouveau Premier ministre, lui laissant jusqu’à mercredi pour répondre "à leurs revendications". La menace : une nouvelle journée de manifestations s’il ne recule pas sur certaines mesures budgétaires.
Pour les syndicats, la journée de jeudi, qui a réuni de 500 000 à plus d’un million de personnes dans les rues (selon les autorités ou la CGT), est un "succès" dont l’ampleur "confirme la colère et la détermination" dans le pays. Bien que Sébastien Lecornu a annoncé dès la semaine dernière l’abandon de la suppression de deux jours fériés, pour les centrales syndicales "le compte n’y est toujours pas !". Après la démonstration de force dans les rues, jeudi, Sébastien Lecornu avait fait savoir qu’il recevrait "à nouveau les forces syndicales", alors qu’il avait déjà reçu des leaders syndicaux peu après sa nomination.
Matignon a ainsi proposé aux huit organisations syndicales une rencontre avec Sébastien Lecornu mercredi à 10h00, a-t-on appris ce samedi auprès de sources syndicales. Le rendez-vous de mercredi avec l’ensemble des syndicats, représentatifs ou non - fait rare -, a été confirmé par une source gouvernementale. La rencontre promet d’être houleuse. Les syndicats exigent d’ores et déjà "l’abandon de l’ensemble du projet" de budget présenté cet été par son prédécesseur, François Bayrou, dont "le doublement des franchises médicales, l’année blanche […], la suppression de 3 000 postes de fonctionnaires et la réforme de l’assurance chômage", ainsi que la non remise en cause du 1er mai férié et chômé, dans un texte commun publié vendredi.
Journée "décisive"
Réunis pour la première fois depuis 2023 et la mobilisation contre la très controversée réforme des retraites, les syndicats demandent toujours "l’abandon du recul de l’âge légal de départ" en retraite à 64 ans. "Soit Sébastien Lecornu prend des mesures significatives de justice sociale et fiscale, soit on se retrouvera dans la rue avec de grandes manifestations", prévient Julie Ferrua, co-déléguée générale de Solidaires.
"On a conscience qu'on n'aura pas des réponses à tout, mais il nous faut quelques signes", dit Cyril Chabanier, président de la CFTC, citant notamment "la traduction dans une loi" des points d'accord décrochés lors du conclave (pensions réévaluées pour les mères, abaissement de l'âge de décote notamment), "l'abandon d'une nouvelle réforme de l'assurance chômage, un coup de pouce sur les bas salaires ou l'abandon d'une année blanche pour les plus modestes".
Ca va dans le bon sens pour le moment, Sébastien Lecornu répond aux sollicitations des syndicats c'est quand même un fait nouveau", salue de son côté François Hommeril, dirigeant de la CFE-CGC, sur BFMTV. "Je ne veux rien préjuger du résultat" mais "cette journée de mercredi est décisive", a ajouté le syndicaliste. "Il faut qu'on ait des points relativement concrets sur lesquels le Premier ministre va s'engager à ne pas reprendre les éléments (...) du budget préparé par François Bayrou", poursuit le leader.
L’intersyndicale veut "des preuves de compromis"
"On sait qu’il y a un déficit qu’il faut réduire" mais "ça ne peut pas se faire uniquement sur le dos des travailleurs et des travailleuses", avait déjà martelé jeudi soir Marylise Léon, leader de la CFDT, sur RTL. Pour la patronne du premier syndicat de France, "la balle est dans le camp du Premier ministre qui nous a dit qu’il voulait construire des compromis, qu’il était prêt à bouger". "On attend des preuves ! "
"Nous sommes en position de force et exigeons des réponses immédiates", abonde la patronne de la CGT, Sophie Binet, qui prévenait elle aussi dès jeudi soir sur France 5 : "Nous ne rangerons pas les drapeaux tant que nous n’aurons pas eu gain de cause". Le Premier ministre doit "ouvrir des négociations sérieuses sur la base de leurs revendications", estimait cette semaine François Hollande, interrogé par la presse. Et d’ajouter : "si un mouvement social s’installe, il compliquera le débat budgétaire. En revanche si des avancées sont obtenues elles auront à se traduire dans le budget et le PLFSS" (projet de financement de la Sécurité sociale, NDLR).