Le SMS d’Emmanuel Macron, ses ambitions... Michel Barnier bientôt candidat à l’Elysée ?
Une certaine idée de l’Etat… et de lui-même. Michel Barnier est déjà un "ex" en janvier 2025. Trois petits mois et puis s’en va. Le Savoyard a quitté Matignon sans gloire, victime expiatoire des opposants à Emmanuel Macron. Mais ne comptez pas sur lui pour étriller son successeur François Bayrou, à la peine quelques jours après sa nomination. "Je dois honorer ma fonction", glisse-t-il à une de ses anciennes ministres.
Ainsi va Michel Barnier, habité par un mélange d’orgueil et de bienséance un peu désuète. Lui qui souligne volontiers avoir passé une bonne partie de sa vie à discuter d’égal à égal avec les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne ("Il a accédé à une reconnaissance de chef d’Etat", dira dans Le Monde le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes de l’époque, Clément Beaune) avait perçu sa nomination à Matignon comme un juste retour des choses. A la hauteur de son parcours et de son talent. "J’étais frustré d’avoir eu cette expérience pendant vingt ans – même Macron ne l’a pas – et je trouvais dommage que ça ne serve pas", confiait-il en mars au sujet de son éclosion tardive.
Ne plus être un "ex"
Sa chute précoce n’en a été que plus brutale. Maudit Rassemblement national ! Le Savoyard s’est épanché auprès de plusieurs interlocuteurs sur le coup de poignard de Marine Le Pen, qu’il attribue à ses affres judiciaires. Pouvait-il quitter la scène sur cette censure du 4 décembre 2024 ? Rester cet "ex" balayé par une Assemblée hostile ? Un homme d’Etat ne saurait se donner que 90 jours à son pays. Le voilà enduit de l’onction du suffrage universel. Michel Barnier a été élu dimanche 28 septembre député de Paris, à l’issue d’une législative partielle dans la 2e circonscription de la capitale. De retour dans ce Parlement à la fois maître du jeu et symbole de l’impuissance publique. Avec une légitimité politique toute fraîche. Signe de son statut à part, il a reçu ce dimanche un SMS de félicitations d’Emmanuel Macron après sa victoire.
Autour de Michel Barnier, on montre patte blanche. Non, l’Assemblée ne sera pas qu’une tribune à destination de l’opinion publique. L’ancien Premier ministre exercera pleinement son mandat. Il compte siéger dans la Commission des affaires étrangères et prévoit de s’atteler à une nouvelle rédaction de la proposition de loi allongeant la durée de rétention des étrangers jugés dangereux, censurée cet été par le Conseil Constitutionnel. Autre chantier : un rapport sur la réforme de l’Etat, attendu fin 2026.
"Comptable d’un frémissement pour LR"
Mais le député de Paris ne vient pas au Palais Bourbon se noyer sous une liasse d’amendements. Il veut consolider le "socle commun", cet attelage précaire réunissant la droite et les macronistes depuis septembre 2024. "Je resterai soucieux de renforcer le travail en commun avec toutes les formations politiques responsables. Le temps est compté", a-t-il lancé ce dimanche après sa victoire. Ah, le "socle commun". Michel Barnier aime rappeler qu’il a lui-même baptisé ainsi ce fragile édifice. Il compte le faire vivre, malgré les dissensions toujours plus fortes entre LR et le bloc central. L’ancien Premier ministre a maintenu le contact avec plusieurs cadres macronistes depuis son départ de Matignon, comme son ancienne ministre Maud Bregeon. Il a pris l’habitude de recevoir à dîner trois députés des différents groupes parlementaires du socle commun, à l’initiative du député LR de la Loire Antoine Vermorel-Marques, un proche.
Son retour à l’Assemblée est salué par les ministres et députés LR, qui mesurent combien la droite a repris des couleurs à la faveur de sa nomination à Matignon. Lui-même le pense : "Je me sens comptable d’un frémissement pour LR, lié au retour d’une droite de gouvernement, et du socle commun." Dès novembre, il jugeait souhaitable que cette coalition débouche sur une candidature commune à l’élection présidentielle.
"Cela va te faire un client de plus"
La sienne, par exemple ? A Matignon, François Bayrou en était persuadé : Michel Barnier veut être candidat à l’Elysée. Aujourd’hui, ils sont nombreux à avoir cette conviction, jusqu’à Dominique de Villepin, qui a les mêmes ambitions et fut ministre en même temps que lui. "Tu fais élire Barnier à l’Assemblée, mais cela va te faire un client de plus", a récemment confié un dirigeant du socle commun au patron de LR Bruno Retailleau. "Il serait absurde de parler de plan pour 2027, mais il se tient prêt", admet un intime. L’intéressé ne dévoile rien de ses intentions, se bornant à fixer trois conditions préalables à toute démarche élyséenne. "Suis-je à la hauteur de la fonction ? Ai-je le bon projet pour la France ? Puis-je rassembler les Français au-delà de mon camp ?", expliquait-il le 2 juin sur TF1.
L’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin juge que le passage de Michel Barnier à Matignon a reconstitué un espace RPR-UDF. Bruno Retailleau aurait le "tempérament RPR", quand Edouard Philippe incarnerait davantage son allié de centre droit. Michel Barnier pourrait-il prendre la tête de l’ensemble en 2027 ? La route est droite, mais la pente est forte. Jamais la perspective d’une candidature commune du socle commun n’a été aussi éloignée. Les divergences idéologiques sont apparues entre ses différentes formations - sur les sujets régaliens et écologiques - en dépit de leur porosité électorale. Michel Barnier a enfin été un "sauveur" ambivalent des Républicains. Il leur a redonné de l’oxygène… donc de l’appétit. Ainsi, Bruno Retailleau prépare sa candidature à l’élection présidentielle au moyen d’une offre de rupture avec le bloc central. Le regain de forme des Républicains doit beaucoup au Savoyard. Il pourrait lui coûter ses ambitions.