L’illuminé René Dumont, précurseur du catastrophisme et du totalitarisme verts
La chaîne parlementaire a rediffusé le 14 septembre le documentaire « René Dumont, géant vert » sorti en 2024 à l’occasion du cinquantième anniversaire de la candidature de l’agronome à l’élection présidentielle de 1974. Ce documentaire lénifiant qui chante les louanges d’un écologiste « visionnaire », jette un voile pudique sur les élucubrations d’un illuminé.
Résumons à l’attention de nos lecteurs les 52 minutes du documentaire qui constitue une biographie de l’agronome, enseignant et homme politique (1904-2001).
Agronome colonial en 1928, René Dumont publie des articles techniques dans des revues agricoles sous le gouvernement de Vichy. « Productiviste » après la Seconde Guerre mondiale, il nourrit un fort espoir suscité par la révolution cubaine avant de prendre ses distances. Dans les années 1960, tiers-mondiste et malthusien, il critique autant le bloc capitaliste que le bloc soviétique. Son basculement vers l’économie politique commence alors. Le rapport Meadows de 1972 sur les limites de la croissance lui dessille les yeux : « J’avais vu la menace sur l’agriculture. Je n’avais pas vu que la menace était aussi effroyable ». En effet, « la planète risque de disparaître, nous dit le Club de Rome ».
Candidat à l’élection de 1974, il se fait remarquer par son pull rouge et sa campagne à bicyclette. « Son premier ennemi, c’était la bagnole », commente un intervenant. Dumont n’emporte que 1,32 % des suffrages devient le premier candidat écologiste au monde à une élection présidentielle. Dans les années 1980, l’accroissement du libre-échange l’inquiète. Son pessimisme centuple à la fin de sa vie.
Le documentaire précise en liminaire que René Dumont annonçait la fin de l’abondance et qu’il exigeait des Français la sobriété. « L’apocalypse est là parmi nous », s’exclamait-il en parlant de la pollution. « Nous allons bientôt manquer de l’eau (sic) », annonçait-il aux Français lors de la campagne électorale en buvant un verre d’eau devant la caméra. « Avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera. »
Le document se clôt par quelques phrases abruptes : « Les visionnaires passent souvent pour des illuminés » mais « ses cris d’alerte n’auront trouvé que tardivement un écho ».
Ce que le documentaire ne dit pas, ou Dumont l’illuminé
Unilatéralement favorable à René Dumont, le documentaire ne relève même pas l’incongruité de certains propos. L’agronome annonce dans les années 1960-1970 la fin prochaine des ressources et en définitive de l’horrible capitalisme, mais de cela le documentaire ne dit mot. A l’image du Club de Rome, Dumont, le « prophète de malheur », n’a cessé de se tromper.
Si le documentaire cite L’Utopie ou la mort, l’ouvrage de Dumont paru en 1973, il évite soigneusement d’en citer les passages farfelus ou aberrants qui, pourtant, foisonnent. Nous ne résisterons pas au plaisir de combler les manques…
Catastrophisme permanent sur fond de cécité économique et de primitivisme décroissant, d’abord. Dumont qualifiait d’irresponsables ceux qui persistaient à ignorer ses conclusions irréfutables, à savoir qu’une croissance exponentielle de la population et de l’industrie ne pouvait se prolonger dans un monde fini. « Nos chances de survie s’amenuisent chaque jour ». Aussi les jeunes doivent-ils arracher le pouvoir aux privilégiés avant que notre planète « ne soit irrémédiablement démolie, donc avant la fin de ce siècle ». Décédé, nous l’avons dit, en 2001, Dumont a dû se rendre compte par lui-même du léger décalage de ses alarmantes prévisions avec la réalité…
Totalitarisme vert ensuite. Détracteur du « lapinisme » des irresponsables, le malthusien et anticapitaliste Dumont alléguait qu’il fallait choisir « entre le nombre et l’aisance » et ce, alors que les riches et les puissants des pays riches, ces « assassins », enlevaient les protéines de la bouche des enfants pauvres ! Admirateur des modèles chinois et cubain, il appelait à la fin des gaspillages et des inégalités, ce qui exigeait « une longue phase d’éducation (ou de rééducation ?…), pour généraliser le degré de prise de conscience nécessaire à un tel renouveau des concepts » ! Plus encore, il conviendrait d’« arracher le pouvoir aux privilégiés de tous les pays » et ce, par une « élimination politique […] ici brutale ou là graduelle. Une « révolution culturelle» doit produire des « hommes nouveaux. »
Faute de place, nous passerons sur ses autres divagations totalitaires (nous renvoyons à notre ouvrage La Famine menace-telle l’humanité ?, Jean-Claude Lattès, 2010, dont l’objet était de démonter les mythes répandus par les tenants de la « peste verte »), mais nous mentionnerons tout de même que René Dumont appelait à la création (très orwellienne…) d’un « ministère du blocus », « en guise de transition vers la société socialiste de survie ». Il considérait qu’il ne paraissait « nullement indispensable de fournir à chaque famille un équipement électroménager individuel complet » et il anathématisait la publicité capitaliste qui créait « des besoins artificiels parfois stupides », tels les déodorants pour les hommes (mais pas pour les femmes : nos lecteurs en tireront les conclusions qu’ils souhaitent…).
Le débat d’après documentaire ou l’éloge de Dumont par Marine Tondelier
La chaîne parlementaire a organisé un débat après la diffusion de ce documentaire avec la participation de trois personnes, dont Marine Tondelier. La secrétaire nationale des Ecologistes a prononcé le dithyrambe de Dumont : « Non, René, tu n’étais pas un utopiste, tu étais avant-gardiste ». S’autoproclamant réaliste sur fond de « consensus scientifique inédit de l’humanité », elle marche dans les pas (très) à gauche de l’agronome : « L’écologie s’inscrit à gauche », « L’écologie peut être que de gauche ».
Au « décroissantisme » (« La décroissance, elle va arriver, René Dumont le disait très bien ») et à l’anticapitalisme de l’agronome, elle a ajouté une dimension féministe, car si écologie égale gauche, écologie égale aussi féminisme : « Les mouvements d’oppression et d’accaparement des ressources naturelles sont quand même assez liés aux nouvelles oppressions contre les femmes, contre les personnes racisées et contre un certain nombre d’opprimés. »
Bref, Dumont peut dormir de ses deux oreilles : son héritage rouge-vert est non seulement défendu, il est amplifié par nos Ecologistes français actuels !
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