Bruxelles se mêle de la manière dont vous gérez votre épargne
Le 30 septembre, la Commission européenne a présenté son projet de « Compte d’épargne et d’investissement » (CEI), un nouveau produit financier censé orienter les capitaux privés vers l’économie européenne. L’objectif serait de générer jusqu’à 1 200 milliards d’euros d’investissements supplémentaires en dix ans, en mobilisant une partie des quelque 10 000 milliards d’euros que les ménages ont placés sur des livrets ou comptes bancaires. Selon Bruxelles, cette épargne serait « dormante », donc sous-utilisée, et devrait être redirigée vers des actions, obligations ou fonds européens grâce à des avantages fiscaux décidés par chaque État membre.
On retrouve ici une vieille tentation technocratique : considérer que l’épargne privée serait une ressource publique dont Bruxelles pourrait disposer. Les citoyens, qui choisissent librement de placer leur argent sur des supports liquides et sécurisés, ne feraient pas les bons choix ; il appartiendrait donc aux technocrates bruxellois de les « aider (…) à prendre des décisions financières judicieuses » afin d’améliorer leur « bien-être, leur sécurité financière et leur indépendance ».
L’initiative de Bruxelles ressemble à un nouvel avatar du dirigisme économique : multiplier les incitations fiscales et les dispositifs bureaucratiques pour orienter les flux d’épargne dans une direction jugée « vertueuse » par la Commission – transition énergétique, intelligence artificielle – notamment pour rivaliser avec les GAFAM. Il existe pourtant des solutions, à échelle nationale, pour orienter l’épargne de manière fructueuse : la France, par exemple, a son Plan d’épargne en actions (PEA), avec 114 milliards d’euros investis fin 2024 ; la Suède, avec son compte ISK qui a convaincu 66 % de la population active…
Ce projet de la Commission masque surtout son échec à créer un marché des capitaux. Fragmenté par des fiscalités et des réglementations nationales disparates, l’UE est incapable de financer ses propres entreprises. Des startups prometteuses comme Mistral AI ou Qonto vont lever leurs fonds aux États-Unis parce que l’environnement est plus simple et donc plus attractif. C’est en allégeant les freins réglementaires que l’Europe retiendra ses capitaux, et non en cherchant à piloter l’épargne des ménages.
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