"Le combat contre le cancer attendra..." : le "slop", nouveau mal nécessaire de l'IA
"Le combat contre le cancer attendra". C’est la remarque ironique qui circule depuis la mise en ligne de Sora 2, la semaine dernière, par OpenAI (seulement aux Etats-Unis pour le moment). La toile s’amuse du contraste : le créateur de ChatGPT, travaillant à une intelligence artificielle "pour le bien de l’humanité", offre plutôt un espace où s’entassent des vidéos sans valeur éducative ni esthétique. Du pur "slop", un terme anglais désignant une substance visqueuse désagréable ; du déchet. Comme une série d’images représentant Jésus en forme de crevette, une vidéo d’un chien dans l’espace avalant des balles de tennis, ou un tas de pastilles bizarroïdes psychédéliques.
Pourquoi du "slop" ? Parce que Sam Altman a besoin d’argent. Son entreprise multiplie les accords à plusieurs centaines de milliards de dollars afin de financer ses infrastructures IA. Et ce, sans être rentable pour le moment. "Nous avons besoin de capitaux pour construire une IA capable de faire de la science", a admis Altman sur X. Le "slop" pourrait l’y aider. Avec un algorithme taillé pour repérer les contenus hypnotisants, Sora 2 pourrait se transformer en puissante machine publicitaire. Signe que l’idée est bonne, des concurrents y songent aussi. Meta a récemment lancé une initiative similaire, avec Vibes. YouTube et TikTok sont eux aussi, déjà infestés de "slop". Rien de nouveau, certes : ces plateformes vivent déjà de l’économie de l’attention en ligne. Mais en exploitant encore des contenus humains - parfois riches et intéressants. Le "slop", facile à créer, infiniment plus pauvre, est juste le dernier avatar de cette mécanique. Le "boss final" du jeu.
L'impact des réseaux sociaux
Un mal temporaire et nécessaire ? Altman demande qu’on le croie sur parole. Ce qui en rappelle d’autres, dans la Big Tech. Elon Musk compte rendre le voyage sur Mars possible, une aventure scientifique et humaine incroyable. En attendant, il agite l’extrême droite européenne et déstabilise les démocraties occidentales. Mark Zuckerberg assure quant à lui "façonner l’avenir des relations humaines" est-il écrit sur le site de Meta.
Mais l’impact de ses réseaux, notamment sur les adolescents, inquiète. Ainsi Altman aimerait un jour aider à guérir le cancer grâce à l’IA. En attendant, il a besoin que vous regardiez du "slop". Des vidéos superflues, piétinant parfois le droit d’auteur, et vraisemblablement catastrophiques pour le débat public au vu de la quantité de deepfakes et autres fake news envisageables avec. Dans la tech, il y a les rêves fous des milliardaires. Et la réalité, souvent décevante.