Crise politique : et si nous arrêtions de nous regarder le nombril ?
La France ne peut être la France sans la grandeur, clamait de Gaulle dans ses mémoires. En mai 1968, le Général reprochait à Pompidou sa faiblesse face aux émeutiers, avant de filer à Baden-Baden se ressourcer. On connaît la suite : la dissolution annoncée à son retour à Paris, un million de personnes lors de la manifestation de soutien du 30 mai sur les Champs Élysées, puis un mois plus tard le raz de marée gaulliste dans les urnes.
Ce qui caractérise la France depuis la dissolution ratée de juin 2024, c’est son attirance pour la petitesse. Qu’il s’agisse d’une classe politique lobotomisée, de gouvernements velléitaires, de réformes inexistantes, d’un président fantôme, notre pays se résume à une impuissance doublée d’une absence de courage. Ballotté au gré des tractations d’appareils, l’Hôtel Matignon use ses locataires à la vitesse éclair et tel un logement Airbnb, attend déjà son prochain client.
Au final, voici le pays entraîné sur le toboggan des passions tristes et des tentations populistes. Chaque jour qui passe, la France oublie ce qui, hier encore, la rendait forte et se réfugie dans les jérémiades et batailles d’arrière-garde. Mais les petits calculs en vue d’un maroquin ministériel ou d’une alliance pour les municipales ont fini par lasser nos citoyens. La dette, les taxes et les déficits sont devenus un horizon indépassable. "La France qui tombe" : en 2003, l’historien Nicolas Baverez dressait déjà le constat clinique du déclassement. Deux décennies plus tard, la chute se poursuit, amplifiée par l’instabilité politique et l’endettement inexorable.
Retrouver de la grandeur d’âme
Et si nous arrêtions de nous regarder le nombril ? Au Portugal, en Grèce, en Espagne ou en Italie, les mêmes maux ont semé les mêmes doutes. Fin de la comparaison. Car de Madrid à Athènes, en passant par Rome ou Lisbonne, les gouvernements ont su établir - parfois dans la douleur - les bases du redressement.
Suivons leur exemple, avant que, faute d’action, les portes du pouvoir s’ouvrent aux extrêmes. Une option que caressent certains, même dans le camp des raisonnables, afin de montrer qu’elle n’est pas viable. Ce serait pourtant une erreur historique et un grand plongeon dans l’inconnu, dont ni la France ni l’Europe n’ont aujourd’hui besoin. Il sera largement temps de dresser un jour l’inventaire du macronisme, pour mieux en mesurer l’absence de doctrine et l’incapacité d’enracinement local.
Pour l’heure, il s’agit de relever la tête, adopter un budget et redonner aux Français l’envie du politique. Retrouver de la grandeur d’âme, celle qui a prévalu en juillet 2024, lorsque Céline Dion du haut de la tour Eiffel, chantait l’hymne à l’amour de Piaf. C’est quand même plus exaltant que de mesurer l’ampleur du spread des taux d’intérêt franco-allemand. Pourtant, n’en déplaise à Emmanuel Macron, loin de se cantonner à la force du verbe, la grandeur de la France se niche aussi dans son intendance. Or celle-ci, de toute évidence, ne suit pas. Pour avoir trop longtemps refusé de le voir, le président en paye aujourd'hui le prix fort.