Démission du gouvernement : la réforme des retraites revient au cœur des débats
On pensait cette piste enterrée, notamment après l’échec du conclave sur les retraites, en juin dernier. Mais la suspension de la réforme des retraites refait aujourd’hui parler d’elle, et pourrait constituer une porte de sortie à la crise, veulent croire certains macronistes. Avant de recevoir les socialistes à Matignon ce mercredi 8 octobre, le Premier ministre démissionnaire, Sébastien Lecornu, a évoqué une possible volte-face sur cet épineux dossier, ayant demandé deux semaines plus tôt au ministère de l’Économie une évaluation du coût de l’ensemble du projet de budget alternatif du Parti socialiste, où figure une suspension de la réforme des retraites.
Peu avant, celle qui a porté et fait adopter en 2023 cette loi si décriée, Élisabeth Borne, a elle-même appelé à "ne pas (en) faire un totem", dans une interview au Parisien. "Si c’est la condition de la stabilité du pays, on doit examiner les modalités et les conséquences concrètes d’une suspension jusqu’à la prochaine élection présidentielle", a ajouté l’ex-Première ministre. "On est prêts à temporiser", a renchéri sur LCI sa collègue à la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, prenant le soin de souligner que "ce n’est pas un retour en arrière" et "qu’il ne s’agit pas d’abroger la réforme", mais bien de montrer que "notre porte est ouverte et notre main est tendue".
La gauche ravie
Cette ouverture, jugée "tardive" par le patron du PS Olivier Faure, est néanmoins un "réveil positif", a-t-il déclaré sur France 2. "Mais ce que je souhaite, c’est que nous puissions maintenant porter des débats à l’Assemblée", a-t-il ajouté. La suspension de la réforme des retraites "devient possible", a pour sa part souligné Raphaël Glucksmann, le leader de Place publique qui a rencontré Sébastien Lecornu mardi, saluant ce "chemin", bien qu’il ne soit pas en mesure de dire "si ce qu’on nous a proposé dans ce bureau est de nature à éviter la dissolution".
Côté syndicats, la CFDT a vu dans la position d’Élisabeth Borne "un signal positif", d’autant plus que "la réforme des retraites est une blessure démocratique profonde". "Sa suspension et le renvoi en 2027 pourraient commencer à la réparer", a réagi auprès de l’AFP sa secrétaire générale, Marylise Léon. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, voit dans "cette volte-face" un aveu : "la réforme des retraites est un échec". "Le chef de l’État ne peut plus se permettre de faire la sourde oreille", a-t-elle déclaré, rappelant que sa centrale réclame l’abrogation de cette réforme "depuis le début".
Des bémols chez les macronistes
Au sein de la macronie, certains émettent toutefois des réserves. La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet a exprimé mercredi sur RTL sa "gêne" de voir Sébastien Lecornu prêt à suspendre la réforme des retraites pour convaincre les socialistes de trouver un compromis sur le budget, lui préférant "un deal global". "La question des retraites, on sait qu’elle est centrale, mais elle doit faire l’objet d’une négociation globale", a-t-elle précisé, avant d’indiquer qu’une éventuelle nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale n’avait pas été évoquée mardi lors de son entretien avec Emmanuel Macron.
Le rétablissement de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans coûtera "des centaines de millions en 2026 et des milliards en 2027", a alerté de son côté le ministre de l’Economie démissionnaire, Roland Lescure. "On a besoin qu’une majorité de l’Assemblée nationale se mette d’accord pour ne pas censurer un gouvernement et faire passer un budget. Il faut que tout le monde fasse des concessions. Moi, je suis prêt à en faire, mais pas à n’importe quel prix", a-t-il soutenu.