Course vers la Lune : Donald Trump prêt à lâcher SpaceX et Elon Musk pour devancer la Chine
Vers l’infini et au-delà. En 2017, lors de son premier mandat à la Maison-Blanche, Donald Trump affiche ses ambitions spatiales XXL. Son rêve ? Envoyer de nouveau sur la Lune des astronautes américains, comme un symbole – de plus – d’une "grandeur" qu’il cherche déjà à "rendre" aux États-Unis. "Cette fois, il ne s’agira pas seulement de planter notre drapeau et de laisser notre empreinte", lance-t-il alors, lors de la réception d’astronautes à Washington. "Nous établirons une base pour une mission vers Mars."
À l’époque, le président américain espère même la préparation d’autres expéditions spatiales encore plus lointaines. Mais pour Donald Trump, le retour d’Américains sur la Lune constitue la clé de voûte de toutes ses velléités galactiques. Près de huit ans plus tard, le programme Artémis, entièrement dédié à ce projet de missions lunaires, a déjà connu nombre de retards. La perspective d’un alunissage d’un vaisseau habité, initialement prévu pour fin 2025, a été reportée au moins jusqu’à mi-2027.
Retards de Starship
Ces délais s’expliquent avant tout par le long développement de la fusée Starship, l’engin conçu par SpaceX pour se poser sur l’astre. Or, l’entreprise d’Elon Musk – ex-soutien de Donald Trump désormais en froid avec lui – ne connaît pas que des succès lors des tests de son vaisseau. Cet été, l’appareil a par exemple explosé avant un vol d’essai décollant de Starbase, au Texas (États-Unis). La semaine dernière, la 11e tentative a en revanche été fructueuse : Starship est parvenu à atteindre l’espace, puis à redescendre sur Terre et s’abîmer en mer, comme prévu.
Pas de quoi satisfaire l’administration Trump, bien décidée à accélérer le calendrier des prochaines années. Le milliardaire républicain exige en effet de voir des astronautes américains marcher sur la Lune avant la fin de son second mandat, début 2029. Pour respecter cette échéance, le secrétaire aux Transports Sean Duffy, par ailleurs administrateur intérimaire de la Nasa, met dorénavant la pression sur SpaceX. Avec une menace très concrète pour la firme : l’ouverture d’appels d’offres pour concurrencer son projet.
L’information a été confirmée par le ministre lui-même, lors d’une émission sur Fox News diffusée lundi 20 octobre. "Nous allons avoir une course à l’espace dans le sens d’une concurrence entre les entreprises américaines pour voir qui pourra nous faire revenir sur la Lune en premier", a décrit Sean Duffy. "Je suis en train de lancer ce contrat. Je pense que des entreprises comme Blue [Origin, la société de Jeff Bezos, NDLR] vont y participer, et peut-être d’autres." Selon CNN, SpaceX travaille aujourd’hui sur la base d’un accord avec la Nasa de 2,9 milliards de dollars pour développer l’atterrisseur lunaire nécessaire à la mission.
Immenses défis techniques
Mais d’après Sean Duffy, l’agence spatiale américaine pourrait donc se tourner vers d’autres partenaires pour avancer au plus vite pour atteindre la Lune. Cette décision intervient alors que de nombreux spécialistes en aérospatiale s’interrogent sur la pertinence du développement de Starship. Ils estiment que la logistique mise en place pour la fabrication de cet appareil ultra-technologique n’est pas forcément adaptée à la réalisation d’une mission lunaire – qui plus est avec un calendrier rapide.
Ainsi, la fusée développée par les ingénieurs des équipes de SpaceX doit répondre à une série de défis techniques pour assurer la sécurité du vol spatial jusqu’à la Lune, puis rapatrier les astronautes vers la Terre. L’un des plus emblématiques concerne la nécessité de ravitailler Starship dans l’espace, grâce à une série de véhicules-citerne lancés en orbite. Une opération délicate, mais essentielle à la réussite de l’alunissage de Starship. Long de 123 mètres au décollage, l’engin est par ailleurs "unique" par sa taille, selon Lori Glover, administratrice adjointe de la NASA pendant le premier mandat de Barack Obama.
Cette ex-responsable expliquait ainsi en mai dernier au Washington Post pourquoi la prouesse d’un retour sur la Lune nécessitait un certain temps avant de se matérialiser. "Nous n’avons jamais réalisé de véhicule réutilisable aussi grand", développait-elle auprès du grand quotidien de la côte est. "Il n’était pas non plus initialement prévu pour la mission lunaire ; il était prévu pour la mission martienne." L’importance du programme Artémis est d’ailleurs tempérée par plusieurs acteurs du secteur, dont Elon Musk lui-même, qui considèrent qu’une expédition lunaire n’est pas la priorité en comparaison à un voyage vers Mars. Le patron avait qualifié en janvier dernier une mission sur la Lune de "distraction".
Nouvelle compétition avec la Chine
En réalité, l’administration républicaine se montre si pressée pour une raison simple : la Chine prépare sa propre mission vers la Lune. Cet été, Pékin a réalisé des tests concluants de décollage et d’atterrissage de son vaisseau Lanyue. Le pays espère envoyer deux taïkonautes sur l’astre d’ici à 2030. Pour Donald Trump, la réussite du programme Artémis avant cette échéance ne constituerait donc plus seulement un exploit scientifique, mais avant tout un avantage pris vis-à-vis du régime de Xi Jinping dans l’influence mondiale des États-Unis.
Comme contre l’ex-Union soviétique dans les années 60, Washington ne compte pas passer à côté de cette nouvelle course à la Lune. Blue Origin pourrait-elle développer plus vite que son concurrent Space X les engins pour s’y rendre ? Rien n’est moins sûr : comme relevé par CNN, son vaisseau nécessite lui aussi des capacités technologiques très complexes et pourrait avoir besoin, à l’instar de Starship, d’un ravitaillement en orbite. L’entreprise n’a d’ailleurs pas fanfaronné après les dernières déclarations de Sean Duffy, se contentant d’affirmer qu’elle était "prête à apporter son soutien" au programme Artémis.
Elon Musk s'en est quant à lui pris frontalement mardi au ministre des Transports de Donald Trump : "Sean le Crétin [Dummy en anglais, NDLR] est en train d'essayer de tuer la Nasa !", a-t-il fustigé sur X. Et d'assurer que sa fusée "finira par réaliser toute la mission lunaire", son entreprise avançant "à la vitesse de l'éclair par rapport au reste de l'industrie spatiale".