Taxe Zucman et réforme des retraites : qui va payer la facture du renoncement ? Par Eric Chol
"Ça s’en va et ça revient" chantait Claude François. Il en va ainsi de la taxe Zucman, présentée et adoptée en février dernier par l’Assemblée, puis rejetée par le Sénat en juin. De nouveau présenté devant la commission des Finances le 20 octobre, l’impôt sur les ultra-riches, plébiscité par la gauche, s’est vu encore une fois retoqué : il devrait faire l’objet d’une nouvelle discussion dans l’hémicycle dans les prochains jours. Pourtant, même si les chances pour la taxe Zucman de voir le jour paraissent minimes, sa simple évocation contribue à fissurer un peu la goélette économique française, déjà soumise à de rudes secousses depuis la dissolution de 2024. Sans doute parce que, comme l’a rappelé le sénateur Claude Malhuret, "elle est à la croissance ce que l’hydroxychloroquine était au Covid". Un faux remède inefficace, vendu par des charlatans à des parlementaires toujours prêts à rejouer la comédie anti-riches pour grappiller des voix dans les urnes. C’est un pitoyable théâtre de la politique, qui, pendant plusieurs semaines, fait ressembler le Palais Bourbon à un concours Lépine de l’innovation fiscale.
On en rirait si une telle désinvolture ne mettait pas en péril les joyaux de la couronne. "Il n’y a pas besoin de la taxe Zucman pour faire fuir le capital", résume Anthony Morlet-Lavidalie, économiste chez Rexecode. Les premiers signaux sont clairs : la simple menace de l’instauration d’un impôt plancher sur le patrimoine des "ultra-riches" suffit pour donner à ces derniers des envies d’ailleurs. "Les téléphones à Genève sonnent beaucoup depuis un an", confirme un expert financier, qui ajoute : "C’est un état de fait que le capital est mobile : si on fait n’importe quoi, il se barre".
La récente dégradation de France par l’agence S & P ne va pas arranger nos affaires, et si le nouveau patron de Bercy, Roland Lescure, continue d’assurer que l’objectif d’ici 2029 est de réduire le déficit public sous 3 % du PIB, il fait surtout penser au serpent Kaa, dans Le Livre de la Jungle, susurrant aux oreilles de Mowgli "aie confiance". Les marchés financiers, eux, n’ont hélas guère de raison d’avoir confiance, et ils le disent, en renchérissant l’appréciation du risque sur la France. "Les taux à 20 ou 30 ans qui expriment l’état d’esprit des investisseurs et des étrangers sur la possibilité d’un pays de redresser son économie se tendent beaucoup pour la France : ils sont à présent au même niveau que ceux des pays qui jusqu’à présent faisaient douter d’eux", glisse un homme d’affaires.
Car la dérive des finances publiques est là pour durer. Et la récente annonce de la suspension – pour ne pas dire l’abandon - de la réforme des retraites le montre : il ne s’agit pas d’une simple mauvaise passe. Comme le confie Thierry Breton, "un regard historique sur les renoncements qui ont - aussi - fait la France nous éclaire : l’immobilisme c’est ajouter chaque année des milliards aux milliards". Comme si la colonne des déficits n’était pas déjà pas assez remplie.