Médias dits d’intérêt public : des « économistes de premier plan » veulent taxer, planifier, réglementer et subventionner !
Selon 11 économistes, dont deux prix de la Banque de Suède en sciences économiques aussi appelé « prix Nobel d’économie », il faudrait que les Etats agissent pour « investir » dans les médias dits d’intérêt public, l’adjectif se rapportant à leur audience et leur action, et non à leur statut.
Le 22 septembre a été dévoilé un « appel mondial lancé par des économistes de premier plan » afin d’« agir pour protéger les médias d’intérêt public en faveur de la prospérité économique et du progrès humain » (Forum on Information and Democracy, 22 septembre 2025). L’appel a été signé par « 11 des plus grands économistes du monde », dont deux « prix Nobel d’économie », Joseph Stiglitz et Daron Acemoglu, et un Français, Philippe Aghion, devenu depuis lors lui aussi récipiendaire du prix. Pour bien comprendre ce texte, qu’aucun économiste libéral n’a bien entendu signé, il faut revenir un peu en arrière.
La création d’une bureaucratie internationale
En 2019, les Nations unies, considérant que « l’espace mondial de l’information et de la communication est un bien commun de l’humanité », a lancé un « partenariat pour l’information et la démocratie » auquel adhèrent actuellement 56 pays. L’association Reporter sans frontières et plusieurs autres organisations ont créé, la même année, le « Forum sur l’information et la démocratie » afin de le mettre en œuvre. Un panel d’économiste s’est donc penché sur la crise de l’information dans le contexte de la révolution industrielle numérique. Ils ont rédigé un texte intitulé « L’impératif économique d’investir dans les médias d’intérêt public » (septembre 2025, 21 pages) qu’il nous a semblé opportun de résumer et commenter pour nos lecteurs.
Que sont les « médias d’intérêt public » ?
Les « médias d’intérêt public » n’appartiennent pas forcément au secteur public. Selon le Fonds international pour les médias d’intérêt public, il s’agit des médias qui informent le public, lui rapportent des faits fiables, s’engagent dans la « recherche démontrable de la liberté », sont indépendants éditorialement et font preuve de transparence « quant au processus, aux finances et aux politiques utilisés » pour produire lesdites informations.
Des « médias d’intérêt public dans un monde en pleine tourmente »
Selon le début du texte de nos 11 économistes, les « médias d’intérêt public sont en quelque sorte les banques centrales de l’économie de l’information » (p. 3), une allégation étrange et qui n’est pas faite pour rassurer… On retiendra, dans la première partie, cette conviction assénée que « les forces du marché ne suffisent pas à elles seules à fournir ce bien public qu’est l’information à hauteur de ce qu’exigent notre économie et notre société modernes ». En effet, les « médias d’intérêt public » se trouvent soumis à la « concurrence de plus en plus déloyale des géants de la technologie et des plateformes numériques qu’ils contrôlent ». Ce qui est piquant, c’est que le texte s’inquiète à juste titre de l’ « ingérence croissante des gouvernements » (p. 4)… tout en prônant dans la quatrième et dernière partie des solutions qui, en réalité, gravent dans le marbre cette ingérence !
Nous passerons sur les seconde et troisième parties, sauf à relever que, d’après le document, il existerait une « fracture informationnelle », due à un niveau d’information extrêmement faible d’une partie des « électeurs », lui-même dû à la « fracture économique et éducative », et qui devrait être « comblée par des politiques financées » par les gouvernements, comme par exemple des subventions (p. 6).
« Agir pour préserver la valeur de la contribution des médias d’intérêt public »
Dans la quatrième partie, la plus notable, le document appelle « de toute urgence à une action publique décisive » (p. 14), entre autres à de « nouveaux modèles de financements » avec des subventions et des aides directes ou indirectes, la création ou le soutien de « fonds nationaux pour le journalisme » et de nouvelles formules de redevance… mais « sans influence » des gouvernements (p. 15). Bien entendu, la « mise en place des taxes numériques sur les principales plateformes afin de générer des recettes supplémentaires pour soutenir le journalisme » est souhaitée. Ainsi que des « politiques industrielles », des « mesures de protection contre l’emprise des médias et les ingérences », une association des « marchés à une planification intelligente » (p. 17), une « réglementation appropriée » des géants du secteur technologique, qui « privilégient le profit à tout prix au détriment du bien-être social » (p. 19).
En conclusion, les auteurs promeuvent l’investissement dans « l’écosystème médiatique » et son façonnage. Les mesures suggérées, assurent-ils, seraient « relativement peu coûteuses à mettre en œuvre » et ils assurent qu’elles généreraient « des avantages sociaux, politiques et économiques substantiels à long terme » (p. 20). Si ce n’est, comme le disait leur cher Keynes, qu’à long terme, nous sommes tous morts…
Pour résumer, nos économistes défendent des mesures qui versent à peu près toutes dans l’interventionnisme. Il est regrettable qu’ils ne se soient pas penchés sur « l’exception française » avec son cortège de médias publics au budget annuel de 4 milliards d’euros, et ses aides et subventions tous azimuts au journalisme. Ils auraient peut-être compris que le meilleur moyen d’aboutir à une « pensée unique » est de faire intervenir l’État. Mais peut-être est-ce en définitive leur projet ?
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