Où veut en venir Gabriel Zucman avec sa taxe ?
Gabriel Zucman a donné un long entretien à L’Humanité (24-26 octobre 2025) très éclairant sur les dangers de la taxe qu’il prône. Lorsque nous parlons de dangers, nous ne nous référons pas tant ici au court terme, car l’ineptie de la « taxe Zucman » n’a plus besoin d’être démontrée, qu’aux moyen et long termes, trop souvent délaissés.
Au début de l’entretien, l’économiste reprend l’argumentation qu’il a développée à foison : « Un peu partout, les ultra-riches paient beaucoup moins d’impôt en proportion de leurs revenus que les autres catégories sociales », en moyenne 13 % de leurs revenus contre 51 % pour les « Français moyens ». Ces chiffres sont controuvés, mais passons et supposons qu’il ait raison. Un excellent moyen de clouer le bec à notre petit génie est de prendre son raisonnement à l’envers : il ne faut pas hausser les impôts sur les plus riches au taux des « Français moyens » ; il faut au contraire abaisser les impôts des autres au taux des plus riches. On retrouve ici la proposition faite depuis longtemps par l’Iref d’une « flat tax », autrement dit d’un impôt proportionnel sur les revenus, à hauteur de 13 % pour tous -l’Iref disait même 15 %…-. Cela supposerait de réduire de manière drastique les dépenses de l’État et là encore, il suffit de se servir de la boîte à outils de l’Iref qui avait au milieu de l’année dernière estimé les économies immédiatement envisageables à au moins 210 milliards d’euros par an !
Par la suite, Gabriel Zucman donne une première indication inquiétante : « Ces 2 %, c’est vraiment le minimum syndical ». Traduction française : on commencera avec ce taux petit bras et on continuera en matraquant fiscalement les « ultra-riches » encore plus. Mais c’est la fin de l’entretien qui interpelle. Notre économiste prétend : « Si on n’arrive pas à taxer les milliardaires, les autres catégories sociales refuseront légitimement de faire des efforts ». Au-delà de la pétition de principe, cette phrase doit elle aussi être traduite en français : la « taxe Zucman » cible les « ultra-riches », mais elle prépare un matraquage fiscal autrement large. Pourtant, Gabriel Zucman avait reconnu précédemment que « les contribuables dont la fortune s’approche des 100 millions d’euros payent déjà des montants significatifs d’impôt sur le revenu »… Mais on aura compris que c’est l’ensemble des contribuables aisés et très aisés qui seront dans la ligne de mire.
La fin de l’entretien permet aussi de saisir le fondement de la « taxe Zucman » et de la haine des riches et des moins riches qu’elle exsude. D’abord, notre économiste délaisse une fois de plus toute considération de droits de l’homme et de respect de la propriété. « Il faut en finir, estime-t-il, avec la vision selon laquelle seuls les ultra-riches feraient un usage productif de l’outil de travail ». Au contraire, « c’est l’implication des salariés, la coopération avec la puissance publique (?!) et le partage des pouvoirs qui font la productivité ». Ensuite, Gabriel Zucman fait de la démocratie la valeur cardinale, autrement dit il fait de la loi du nombre celle qui permet de tout écraser sur son passage. Et il oppose à la majorité des votants « l’oligarchie ». Car les « ultra-riches » se distinguent du reste de la population : « (leur) patrimoine, c’est le pouvoir ». Il clôt ses propos de manière énigmatique et inquiétante : « Je conçois l’impôt plancher comme une mesure nécessaire mais pas suffisante (?!) pour protéger la démocratie du risque de capture oligarchique ». Dernière traduction en français : c’est la « taxe Zucman » qui empêchera Bernard Arnault et consorts de détenir la souveraineté. Pourtant, cette taxe n’existe pas et les « ultra-riches » ne sont pas pour autant souverains. Etrange, non ? La dénonciation de « l’oligarchie », un lieu commun à la gauche de la gauche aujourd’hui, de Mathilde Panot à François Ruffin, apparaît comme une des moutures les moins reluisantes du complotisme.
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