Thomas Piketty ment et divague
Quand ce n’est pas son élève Gabriel Zucman, c’est Thomas Piketty qui monopolise les écrans. Pour une fois, il n’était pas l’invité du service public le 28 octobre, mais de Darius Rochebin sur LCI . Autour du sujet « Impôts : jusqu’où ira la folie fiscale ? », qui donnait déjà le ton, l’économiste néocommuniste n’a pas été ménagé par le présentateur avant de débattre avec l’entrepreneur Stéphane Manigold, qui n’a pas manqué d’opposer à ses théories d’intellectuel éthéré les réalités du terrain.
Si l’argumentation de Thomas Piketty est rodée, elle n’en recèle pas moins des failles parfois béantes et des énormités qui, malheureusement, ne sont pas toujours exploitées.
En solo, notre économiste a d’abord fait une comparaison hasardeuse avec les conflits mondiaux du XXe siècle. Pour lui, en cas de crise de la dette, il faut surtaxer les riches et c’est ce qui aurait sorti la France de l’ornière après 1945. Au-delà du caractère controuvé de l’allégation, dont on pourra être surpris s’agissant d’un historien autoproclamé de l’économie, on a dès lors du mal à comprendre que la « taxe Zucman » ne soit pas présentée comme temporaire et qu’elle ne soit pas appelée à disparaître une fois la crise de la dette passée…
L’économiste néocommuniste passe beaucoup à la télévision, mais il ferait mieux de réviser son argumentation.
Puis, il a défendu l’idée d’une taxation des exilés fiscaux. En effet, « à partir du moment où un patrimoine a été accumulé en utilisant les infrastructures du pays, le système éducatif, le système de santé, vous devez cet impôt ». Un tel argument tourne en rond : l’État vous prend votre argent ; vous utilisez par la suite ses services, souvent de manière contrainte et forcée parce que vous n’avez pas ou guère la liberté de choix ; donc, vous seriez redevable, éternellement ou presque, envers lui !
Enfin, lors du débat, parfois passablement agacé mais toujours donneur de leçons, Thomas Piketty s’est surpassé. Il a indiqué que ce n’était pas « en baissant les dépenses publiques et les dépenses dans la santé, dans l’éducation » que l’on améliorerait quoi que ce soit. Une allégation pleinement conforme à ses écrits puisqu’il soutient dans son dernier livre que les dépenses publiques devraient être nettement augmentées ! Dans le cas contraire, a-t-il poursuivi, « les gens devraient faire appel à des financements privés pour l’éducation, la santé qui leur coûteraient souvent encore plus cher pour moins de services ». Il est bien connu que le secteur privé est moins performant que le secteur public et l’histoire du XXe siècle l’a prouvé ! « Je ne sais pas si vous voyez les moyens dont on manque dans les hôpitaux », s’est-il lamenté.
Thomas Piketty se définit comme un chercheur, mais il semble avoir quelques difficultés à trouver… S’il avait pris la peine de consulter notre site, il saurait que nos hôpitaux publics sont minés par la bureaucratie, et qu’il existe un différentiel de presque 10 points entre le pourcentage de personnel non soignant en France et celui de l’Allemagne, dont on ne sache pas pourtant qu’elle soit sous-administrée. Il saurait aussi que le coût d’un élève du secteur privé est très largement moindre que celui d’un élève du secteur public.
La question demeure de savoir si notre néocommuniste est ignare ou bien plutôt s’il prend les auditeurs et les téléspectateurs pour des truffes (à taxer).
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