Ventes de livres : Delphine de Vigan ou Pierre Lemaitre, qui va lancer la rentrée de janvier ?
Après la période de faste du mois de décembre, janvier rime souvent avec gueule de bois et morne plaine dans le monde de l’édition. Les potentiels lecteurs n’ont plus un sou en poche et les romans reçus à Noël s’empilent sur les tables de chevet. Par ailleurs, certains livres marquants de 2025 (celui d’Adèle Yon), voire de 2024 (celui de Salomé Saqué) continuent sur leur lancée. Enfin, critiques et libraires ont souvent manqué de temps pour étudier la rentrée d’hiver, là où ils planchent pendant trois ou quatre mois sur celle de septembre. Est-ce à dire que les nouveautés qui arrivent sont d’ores et déjà condamnées ?
Pour conjurer ces mauvais augures, les éditeurs comptent sur quelques poids lourds. Du côté d’Albin Michel, en attendant dans deux semaines le come-back de Thomas Schlesser avec Le Chat du jardinier, c’est Mélissa Da Costa qui ouvre le bal avec Fauves. Son précédent titre, Tenir debout, s’était vendu à plus de 200 000 exemplaires, et son lectorat fidèle devrait lui réserver un bon accueil.
Gallimard mise pour sa part sur Delphine de Vigan avec Je suis Romane Monnier, déjà encensé partout, de Paris Match à Télérama et jusque dans nos colonnes. L’étude des chiffres de ventes de Delphine de Vigan est l’occasion de rappeler qu’on ne naît pas best-seller, on le devient. Ses trois premiers romans (Jours sans faim, Les Jolis Garçons et Un soir de décembre) n’avaient pas été des succès. C’est avec No et moi, en 2007, que la romancière décolle – le livre s’est vendu depuis à plus d’un million d’exemplaires en poche ! Avec Les Heures souterraines (2009) et surtout Rien ne s’oppose à la nuit (2011, à nouveau plus d’un million d’exemplaires en additionnant le grand format et le poche) elle devient définitivement incontournable, ce que confirme D’après une histoire vraie (prix Renaudot 2015) et ses 500 000 exemplaires en grand format. Avec Les Loyautés (2018) et Les Enfants sont rois (2021), elle tourne autour des 200 000 exemplaires en grand format. Sauf accident, Je suis Romane Monnier devrait naviguer dans les mêmes eaux. Un chiffre élevé auquel est également habitué l’ancien prix Goncourt Pierre Lemaitre, qui revient avec Les Belles Promesses (Calmann-Lévy), suite et fin de sa tétralogie Les Années glorieuses. Les trois premiers tomes, Le Grand Monde (2022), Le Silence et la Colère (2023) et Un avenir radieux (2025) ayant oscillé entre 200 000 et 350 000 exemplaires, on ne se fait pas trop d’inquiétude pour le dernier tome de la saga.
S’il paraît acté que c’est l’un de ces trois écrivains populaires qui connaîtra le meilleur démarrage en roman, qu’en sera-t-il en essai ? A ce stade, aucune tendance n’émerge de notre boule de cristal. L’année 2025 a été marquée par le souci de la santé mentale et la défiance envers LFI. Quelles préoccupations politiques et sociétales marqueront en librairie les douze mois qui viennent ? Les paris sont ouverts…
Post-scriptum : profitant de la trêve hivernale pour retourner aux classiques, on a lu Vers le phare de Virginia Woolf. Un passage de la préface (dans l’édition Folio) a retenu notre attention : lors de sa parution, Mrs Dalloway ne s’était vendu qu’à... 2 236 exemplaires en Angleterre. Il n’y a pas que les meilleures ventes dans la vie, et nous n’oublierons pas de rester attentifs aux pépites qui se trouvent dans les profondeurs du classement.