L’idéal politique de l’Etat de droit, Friedrich Hayek
Alors que la gauche invoque à tort et à travers l’Etat de droit pour demander plus de programmes sociaux, d’immigration subventionnée, de dépenses publiques et d’impôts, que le centre demande une certaine censure des médias sociaux et une restriction de la liberté d’expression au nom de la protection de notre Etat de droit, ou encore qu’une partie de la droite appelle à en finir avec l’Etat de droit qui bloquerait tout changement en matière de justice ou de politique migratoire, la traduction et la republication sur Amazon de L’idéal politique de l’Etat de droit de Friedrich Hayek par l’Institut Coppet tombe à point nommé.
Cet ouvrage est en réalité une transcription de quatre conférences de Hayek données au Caire (Egypte) en 1955, dont chacune est un chapitre : Liberté et Etat de droit : une enquête historique/ Libéralisme et administration : le Rechtsstaat/ les sauvegardes de la liberté individuelle/ le déclin de l’Etat de droit.
Passons les deux premières conférences dont l’approche est plus historique, pour nous concentrer sur les deux dernières. Friedrich Hayek mentionne qu’une condition indispensable de l’Etat de droit est la séparation des pouvoirs. Pour autant, il alerte sur le fait que l’administration soit dotée d’un pouvoir distinct et séparé. En effet, il explique qu’il « ne serait certainement pas compatible avec l’Etat de droit que, dans ses rapports avec le citoyen, l’administration ne fusse pas toujours soumise à la loi fixée par le législateur et appliquée par des tribunaux indépendants. Assigner un pareil pouvoir aux autorités administratives serait en fait l’antithèse même de l’Etat de droit » (p. 88).
En faisant un parallèle avec la France d’aujourd’hui, nous pouvons nous demander si notre bureaucratie, qui semble être indépendante dans ses manières d’agir et impose de plus en plus de lourdeurs administratives et normatives aux citoyens, sans qu’aucune réforme ne semble pouvoir corriger cela, respecte l’idéal de l’Etat de droit. Surtout qu’Hayek va plus loin en ce sens. Dans notre pays, le gouvernement et son administration contrôlent la quasi-totalité de notre vie, personnelle comme professionnelle. L’Etat s’occupe de nous du berceau jusqu’à la tombe. Or, pour Hayek et pour tout libéral, « le point crucial est que le citoyen et sa propriété ne sont ni des objets administrables par le gouvernement ni des moyens que le pouvoir peut employer à ses propres fins […] le principe de l’Etat de droit exige en effet que le corps administratif ne doive disposer d’aucune puissance discrétionnaire en ce sens. » (p. 92-93)
Ainsi, l’Etat de droit tel qu’il est décrit et souhaité par la gauche socialiste et le centre social-démocrate entre en contradiction avec la conception libérale. Alors que leur vision est centrée sur l’Etat et que des citoyens soient au service de celui-ci, tandis que la conception libérale repose sur le respect de la propriété privée et les droits de l’individu qui doivent être protégés de toute velléité de l’Etat.
L’auteur de la Route de la servitude (1944) rappelle que « Le principe de l’Etat de droit est très intimement lié à la reconnaissance de la propriété privée, notamment la propriété privée des moyens de productions que le socialisme rejette. Il est donc incompatible avec la direction centralisée de l’activité économique, aujourd’hui connue sous le nom de « planification économique » » (p. 104) Hayek évoque également le fait qu’il « doute sérieusement » que l’impôt sur le revenu, en particulier progressif ou gradué, puisse être concilié avec l’idéal de l’égalité devant la loi. (p.106-107) Cette égalité devant la loi est l’un des fondements de l’Etat de droit.
L’ouvrage est conclu par ces mots : « nous devons trouver une nouvelle limite aux activités du gouvernement, une limite qui laisse un périmètre d’action suffisant pour une expérimentation raisonnable et qui garantit la liberté de l’individu en tant que pivot de toute activité sociale et politique » (p. 127).
Ce petit livre, au prix accessible, est un rappel nécessaire sur ce que doit être un Etat de droit dans une société libre. Il retrace l’histoire de ce concept, la philosophie qui l’entoure, et ceux qui veulent le voir décliner. Ce cours magistral, donner par l’un des plus éminents penseur libéral du XXème siècle, vient défaire la vision des étatistes.
L’article L’idéal politique de l’Etat de droit, Friedrich Hayek est apparu en premier sur Contrepoints.