Bonne nouvelle : le dispositif des conseillers numériques de l’État va disparaître
Nous mettons souvent le doigt sur les choses qui vont mal. Alors quand une bonne nouvelle surgit au détour de l’actualité, il nous semble important de la mettre en valeur.
La réduction des moyens accordés au dispositif des conseillers numériques en est une. Le budget 2026 ne prévoit plus en effet pour lui qu’une allocation de 14 millions d’euros (M€) contre 40 M€ en 2025. En 2027, il pourrait ne plus être financé par l’État et par conséquent disparaître.
En 2024, il y avait 4000 conseillers numériques. Ils n’étaient plus que 2800 en 2025. Avec les crédits alloués, ils ne devraient plus être que 1400 à la fin de cette année. Et, si tout va bien, zéro en 2027.
Quand il le veut, l’État parvient donc à faire des économies. Nous aimerions que ce soit le cas dans tous les domaines. Nous aurions surtout préféré que le dispositif ne voie jamais le jour. Revenons sur sa genèse et son fonctionnement.
L’illectronisme, une réalité
Le dispositif a été mis en place à partir 2021 dans le cadre du volet « inclusion numérique » du plan France Relance. Il s’agissait alors d’accompagner les Français « dans leurs usages quotidiens des outils numériques, de renforcer la cohésion sociale et de réduire les inégalités générées par l’illectronisme. »
Il est vrai que les démarches administratives se dématérialisent de plus en plus, alors que 13 millions de Français auraient du mal – voire ne parviendraient pas – à maîtriser les manipulations informatiques. Selon un récent rapport du Sénat, ce serait le cas pour un tiers de la population, et 23% des 16-44 ans ne disposeraient pas des compétences minimum.
Des conseillers numériques ont donc été formés, puis déployés dans des lieux identifiés au sein des mairies, des maisons France Services, des médiathèques, des centres sociaux ou « tiers-lieux ». Ils proposent des accompagnements personnalisés afin de rendre autonomes les habitants – mais aussi les TPE/PME et les associations : prise en main d’un équipement informatique ; envoi, réception et gestion des courriels ; navigation sur internet ; apprentissage des bases du traitement de texte ; création et gestion des contenus numériques (photos, vidéos, musique…).
Ils ne sont a priori pas là pour apporter une aide dans les démarches administratives elles-mêmes. Pour cela, il existe des conseillers France services, qui épaulent les usagers, voire effectuent ces démarches à leur place.
Les deux types de conseillers sont donc complémentaires, comme le précise une circulaire interministérielle du 26 janvier 2021 : « Aussi, un conseiller numérique ne peut venir qu’en complément des deux agents (ou plus) animant la structure France services, sur les missions de conseil numérique qui sont les siennes. »
Une usine à gaz comme l’administration sait en construire
Cette dernière phrase laisse deviner une structure complexe derrière ce dispositif. L’État, comme nous l’avons écrit plus haut, le finance en grande partie. Il prend partiellement en charge la rémunération du conseiller numérique pendant 2, 3 ou 5 ans selon la date d’entrée en fonction, les frais de la formation initiale et de la formation continue, ainsi que l’animation nationale du réseau.
L’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) est chargée, de son côté, du pilotage de l’ensemble, de l’instruction des candidatures des collectivités et des structures d’accueil en relation avec les préfets de département. La banque des territoires veille au bon fonctionnement du dispositif, établit les conventions avec les structures d’accueil et assure l’organisation de la formation initiale et continue du réseau. Enfin, les structures d’accueil – collectivités territoriales, associations, entreprises de l’économie sociale et solidaire (ESS) – apportent leur écot en complétant la rémunération des conseillers.
Comme toutes les usines à gaz dont notre pays est un gros producteur, il semble évident que celle-là ne pouvait qu’engendrer des coûts de structure et de coordination importants sans pour autant que son efficacité soit assurée.
Selon les sources, 2 à 4 millions de personnes auraient été accompagnées depuis 2021. Loin des promesses de Jean-Noël Barrot, alors ministre délégué chargé de la Transition numérique et des Télécommunications, qui déclarait en 2023 : « La France met en œuvre une politique volontariste d’éducation au numérique de toute la population, sans précédent en Europe. »
De grands mots, en effet, puisque 70% des bénéficiaires sont des retraités. Parler d’employabilité, c’est viser à côté de la cible.
L’accompagnement au numérique ne devrait-il pas être d’abord de la responsabilité de l’entourage puis du tissu associatif ? Pourquoi l’État devrait-il financer une initiation au bon maniement des applications WhatsApp ou Instagram ?
Simplifier les démarches administratives
Certes l’administration a le devoir d’aider les citoyens à effectuer leurs démarches en ligne, mais faut-il pour cela créer un dispositif ad hoc ? Chaque agent en relation avec le public devrait être capable de le faire.
Il serait surtout plus pertinent de simplifier ces démarches. C’est l’amour immodéré de l’administration pour les formulaires, le jargon et la complexité qui rebute les Français. Ce n’est pas parce qu’il est mis en ligne qu’un Cerfa est plus facile à remplir.
Comme nous l’avons dénoncé dans une étude pour l’Iref, rien que pour obtenir le document « permis de conduire », il faut fournir un justificatif de domicile à quatre reprises, des photos d’identité à trois reprises, sous deux formats différents puisque la photo du permis de conduire n’a pas les mêmes normes que celle de la carte d’identité. Comment, dans ces conditions, ne pas être atteint de « phobie administrative » à l’instar de l’ex-ministre Thomas Thévenoud ?
Cela pourrait expliquer que nous ayons d’un côté 51% des Français qui affirment avoir des difficultés dans leurs démarches administratives en ligne (rapport du Défenseur des droits), et de l’autre plus de 73% des mêmes Français qui ont effectué au moins un achat en ligne en 2024 (étude Fevad). Apparemment, les webmasters des sites commerciaux sont nettement plus doués que ceux de notre administration.
L’État va cesser de financer des conseillers numériques. C’est bien. Qu’il s’attèle à la simplification des démarches administratives, ce serait encore mieux.
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