Des mines navales déposées par l'Iran ? Ce risque qui plane sur le détroit d'Ormuz
C'est une méthode déjà employée par Téhéran dans le passé. En pleine guerre au Moyen-Orient, les États-Unis soupçonnent l'Iran de vouloir déployer des mines navales dans le détroit d'Ormuz pour menacer les embarcations qui le traverseraient. Les craintes du renseignement américain, étayées par plusieurs sources auprès de CBS News, anticipent un scénario noir dans le golfe Persique. L'étroite voie navigable séparant l'Iran de la péninsule arabique fermée à long terme en raison du risque représenté par ces engins explosifs ? Les pays producteurs d'hydrocarbures derrière ce passage (Qatar, Koweït, Irak...) resteraient le cas échéant complètement isolés du trafic maritime international. Impossible à envisager pour Washington, alors que les prix du pétrole sont déjà en train de flamber.
De premières mines déjà posées ces derniers jours ?
Si aucune confirmation officielle n'a été apportée sur ces éléments, CNN va encore plus loin : d'après ses informations, le minage de la zone par Téhéran aurait déjà commencé. Le média, qui se base sur des échanges avec deux sources proches du dossier, indique que cette opération n'en serait qu'à ses débuts, avec seulement "quelques dizaines de mines (...) posées ces derniers jours". Néanmoins, la capacité de nuisance iranienne en la matière demeure importante. D'après la chaîne, la République islamique disposerait encore de 80 à 90 % de ses navires utilisés pour déposer des mines au fond de l'eau. CBS News, elle, chiffre entre 2 000 et 6 000 le nombre de munitions de ce genre disponibles dans l'arsenal de l'Iran. En plus de sa propre production, Téhéran a pu compter sur la Russie et la Chine pour garnir ses stocks en la matière.
Les fuites de presse sur la menace de ces mines navales ont poussé Donald Trump à évoquer le sujet publiquement, tout en minimisant la matérialité des faits. "Si l'Iran a posé des mines dans le détroit d'Ormuz, et nous n'avons reçu aucun rapport en ce sens, nous voulons qu'elles soient retirées IMMÉDIATEMENT !", a-t-il tonné mardi 10 mars, sur son réseau Truth Social. Le milliardaire républicain a averti le régime des mollahs de "conséquences militaires (...) d'une ampleur jamais vue" dans le cas où les États-Unis venaient à découvrir que des mines navales avaient bel et bien été posées dans le golfe Persique. "Si, en revanche, ils retirent ce qui a pu être placé, ce sera un pas de géant dans la bonne direction !", a exposé Donald Trump, de plus en plus mis sous pression outre-Atlantique face au risque d'un enlisement de la guerre au Moyen-Orient.
La prise de parole du milliardaire républicain a été rapidement suivie, quelques minutes plus tard, d'un nouveau message au ton triomphant. "Je suis heureux d'annoncer qu'au cours des dernières heures, nous avons touché et complètement détruit 10 bateaux et/ou navires poseurs de mines inactifs, et d'autres suivront !", s'est félicité Donald Trump. Plus tôt dans la journée, le chef d'état-major américain, Dan Caine, avait lui-même rappelé que les États-Unis ciblaient d'ores et déjà des engins ou des sites permettant à Téhéran de pouvoir poser des mines. Une unité de l'armée américaine, basée à Bahreïn, est notamment chargée de la destruction de ces charges explosives sous-marines. "Nous avons des démineurs dans le Golfe et des systèmes électroniques très avancés de détection des mines", a expliqué, sur l'antenne de CNN, l'amiral James Stavridis, ex-commandant suprême des forces alliées de l'Otan.
U.S. forces eliminated multiple Iranian naval vessels, March 10, including 16 minelayers near the Strait of Hormuz. pic.twitter.com/371unKYiJs
— U.S. Central Command (@CENTCOM) March 10, 2026
Le précédent de la guerre Iran-Irak
Le problème ? Neutraliser ces mines "prend du temps", rappelle le militaire. "Un mois ou deux" seraient nécessaires pour nettoyer la zone, dans laquelle les Iraniens peuvent potentiellement déposer "des milliers" de mines, souligne l'ancien responsable. Or, une telle configuration "serait très problématique pour l'économie mondiale", relève James Stavridis. Paralyser le trafic maritime international dans le détroit d'Ormuz, en particulier grâce à ces mines, est un des principaux leviers d'action de l'Iran pour faire pression sur les États-Unis. À quelques mois des élections de mi-mandat, l'opinion publique américaine pourrait être rapidement échaudée par des prix à la pompe qui montent en flèche en raison de la fermeture de ce bras de mer où transite environ 20 % de la production de pétrole planétaire.
La stratégie n'est pas inédite. Lors de la guerre entre l'Iran et l'Irak, entre 1980 et 1988, les deux pays avaient déjà pris pour cible des pétroliers dans le golfe Persique afin d'affaiblir le camp adverse. À l'époque, la République islamique avait déjà eu recours aux mines navales, sans totalement bloquer l'accès à cette voie maritime aux embarcations. 150 engins explosifs avaient été déposés dans le détroit d'Ormuz. L'un d'entre eux avait endommagé une frégate américaine, l'USS Samuel B. Roberts, en avril 1988. Les Américains avaient alors réagi en attaquant deux plateformes pétrolières iraniennes du Golfe. Plusieurs navires de Téhéran avaient été coulés durant cette bataille navale, à un moment où les États-Unis et l'Iran étaient déjà très opposés sur le plan diplomatique.