Assassinat de Patrice Lumumba : un ancien diplomate belge jugé pour crimes de guerre
Dans un rare examen juridique des violences commises par la Belgique durant l'époque coloniale, le tribunal correctionnel de Bruxelles a décidé de juger l'ancien diplomate et ex-vice-président de la Commission européenne, Étienne Davignon, aujourd’hui âgé de 93 ans, pour son implication présumée dans l'affaire de l'assassinat de Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo indépendant après près d’un siècle de domination coloniale, le 17 janvier 1961, a fait savoir la presse belge le 17 mars.
Étienne Davignon est le dernier survivant des 11 Belges visés par la plainte pour crimes de guerre déposée en 2011 par les enfants de Lumumba. Selon l’agence Belga, l’accusé devra répondre notamment « pour sa participation à trois crimes de guerre : détention et transfert illicite d’un prisonnier de guerre, privation du droit de ce prisonnier à être jugé de manière impartiale, ainsi que traitements humiliants et dégradants commis sur celui-ci », mais le parquet fédéral n’a cependant pas retenu l’intention de tuer.
Il n’est pas trop tard pour juger une « funeste entreprise criminelle étatique »
La défense d’Étienne Davignon a invoqué la prescription et le délai raisonnable, mais pour les proches de Patrice Lumumba, il n’est pas trop tard pour juger une « funeste entreprise criminelle étatique », réclamant un débat public sur ce crime colonial, a rapporté le site d’information belge RTBF Actu.
La famille de l’ancien Premier ministre congolais estime que ce procès constitue une étape nécessaire pour obtenir des réponses, déterminer les responsabilités belges dans ce crime et contribuer à un travail de mémoire et de décolonisation concernant tant la Belgique que l’Afrique.
« Un pas supplémentaire pour obtenir justice et vérité »
Les petits-fils de Patrice Lumumba ont salué la décision de la chambre du conseil de Bruxelles de renvoyer l’affaire en correctionnelle, indiquant que cette audience « est un pas supplémentaire pour obtenir la justice et la quête de vérité ».
« Il y a encore des pas à faire, mais nous sommes contents de la décision. C’est ce que nous espérions. Nous prenons néanmoins la décision avec beaucoup de prudence. Nous savons que le chemin est encore long. C'est aujourd’hui que le combat commence », ont-ils ajouté, selon l’agence congolaise de presse (ACP).
Pour sa part, l’avocat de la famille Lumumba, Me Christophe Marchand, a salué une décision « historique ». De leur côté, les avocats d’Étienne Davignon se sont abstenus de tout commentaire à la sortie de la salle d’audience.