La taxe carbone frappe surtout les ménages les plus modestes
Dans une note publiée le 26 mars, « Les effets redistributifs de la fiscalité carbone sur les ménages », l’INSEE confirme un angle mort du débat écologique : l’impact social d’une taxe carbone. Derrière un instrument présenté comme nécessaire pour réduire les émissions de CO2 se cache en réalité une politique loin d’être neutre socialement.
Le principe de la taxe carbone est d’augmenter le coût des énergies les plus polluantes afin de modifier les comportements. Or, tous les ménages ne sont pas touchés de la même manière. Avant le niveau de revenu, c’est le lieu de vie qui est déterminant : l’INSEE rappelle que les ménages des zones rurales non périurbaines dépensent 2,7 fois plus en énergies fossiles que ceux du grand centre urbain de Paris. Ils travaillent aussi dans des secteurs 2,8 fois plus émetteurs de CO2. Cela s’explique « par la nature des logements et les modes de déplacement » : dans les zones rurales, neuf ménages ruraux sur dix possèdent une voiture, contre deux Franciliens sur trois et un Parisien sur trois.
L’INSEE s’est penché sur le scénario suivant : une taxe carbone augmentée de 54 euros par tonne de CO2 dans le but de réduire les émissions nationales de 10 % à long terme. Sans compensation, la perte de bien-être (définie comme l’utilité qu’un individu retire de son niveau de consommation privée) serait 1,53 % plus élevée pour les 20 % des ménages les plus modestes que pour les 20 % les plus aisés. Par ailleurs, une part importante des ménages modestes – notamment en zones rurales – ne dispose d’aucune alternative crédible à court terme puisqu’ils ne peuvent « ni éviter la hausse du coût de l’énergie, ni échapper aux effets délétères sur l’activité économique de leur bassin d’emploi ».
La note de l’INSEE apporte également un éclairage important sur la pertinence d’une taxation accrue des entreprises. Si elle permet « davantage d’ajustements et limite en moyenne la perte de bien-être », étant donné qu’elle agit plus indirectement via les prix et les salaires, elle se répercute aussi dans les prix finaux : les ménages restent donc les ultimes payeurs. Un tel modèle ignore également « les effets sur la compétitivité vis-à-vis du reste du monde » et les risques de « fuites de carbone » (traduction : les délocalisations).
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