Emmanuel Macron : cette erreur sur le 49.3 qu’il ne veut pas reproduire
L’affaire a laissé des traces au sommet de l’Etat. Pire que des traces, des regrets et des remords. Emmanuel Macron aime à dire en privé : "On ne se met pas dans les mains de nos adversaires." Lors de la réforme des retraites, il a fait exactement l’inverse. Et quand on voit le résultat – le gouvernement a échappé à la censure de 9 voix – on mesure que la manœuvre ne s’est pas exactement déroulée comme prévu. Confidence d’un très proche du président : "S’il y avait eu accord avec la droite, et accord respecté, cela nous aurait coûté moins cher. Je me suis même posé la question après coup : si nous avions porté l’âge de départ légal à 65 ans et non 64, est-ce que cela aurait changé quoi que ce soit à la manière dont la séquence s’est déroulée ?" Pour dire les choses autrement : l’exécutif a voulu s’attirer les bonnes grâces de LR, en a payé le prix et n’a rien obtenu en échange.
On ne les y reprendra plus… Ce mercredi 27 septembre, le gouvernement veut faire adopter sans coup férir la loi de programmation des finances publiques. Bruno Le Maire a discuté avec tous les groupes pour constater que Les Républicains étaient incapables de s’accorder et de s’engager. Elisabeth Borne espérait que la droite détourne le regard au moment du scrutin, ce sera finalement une division entre votes pour, contre et absentions. Le plus responsable dans l’histoire, ô effroi, s’appelle Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme, que le ministre de l’Economie a reçu. Et comme il y aura une lecture définitive du texte en novembre, que la droite n’est décidément pas fiable et qu’il ne faut pas se mettre dans la main du RN, va pour le 49.3. Mieux vaut être seul que mal accompagné…
Le microcosme continue de s’interroger sur un éventuel accord entre la Macronie et la droite, or il y a quelque chose de cassé entre les deux. "A la lumière de l’année passée, on peut se demander quel impact cela a de multiplier les discussions avec Les Républicains", constate en privé Elisabeth Borne. Le nouveau président du groupe Renaissance à l’Assemblée, Sylvain Maillard, pense à l’identique, qui évoque "un apprentissage" : "On a appris qu’on ne pouvait pas compter sur LR. On a même payé pour voir. Les échanges avec les Républicains ne mènent pas à un vote. Ce que dit Olivier Marleix [président du groupe LR], je ne suis pas sûr qu’il va ensuite l’appliquer."
Moins diplomate, un responsable de la majorité parle des élus LR en ces termes plus imagés : "S’ils peuvent nous la mettre à l’envers, ils le feront." La confiance est vraiment loin et c’est une donnée qui compte au moment où le gouvernement cherche une majorité pour son prochain gros texte emblématique, celui sur l’immigration. A quoi bon tendre la main ? "Le problème de cette Assemblée, pointe un ministre échaudé, c’est que vous payez deux ou trois fois le même biscuit car vous avez plusieurs vendeurs." Traduction : avec la diversité des interlocuteurs, notamment LR, se développe une course aux concessions. Une surenchère qui coûte sans rien rapporter. Une leçon à ne pas oublier.