Pourquoi Emmanuel Macron est attendu au tournant ce jeudi sur l'autonomie de la Corse
Officiellement, Emmanuel Macron sera sur l'île de beauté, de ce mercredi 27 septembre jusqu'au vendredi 29 septembre, pour célébrer le 80e anniversaire de sa Libération, le 4 octobre 1943. Au programme, un hommage à deux résistants corses : Fred Scamaroni, qui s’est suicidé le 19 mars 1943 dans une cellule de la citadelle d’Ajaccio après avoir été torturé par les nazis ; et Danielle Casanova, morte du typhus à Auschwitz le 9 mai 1943, où elle avait été déportée en janvier 1943 après son arrestation par la police française en février 1942 à Paris.
Au-delà du mémoriel"La résistance a été très importante en Corse, rappelle le sociologue Jean-Louis Fabiani. Il y a cette affirmation de l'appartenance de la Corse à la résistance française qu'elle soit gaulliste ou communiste." "Il y a aussi, au-delà de cet enjeu mémoriel, de grandes attentes sur l'hôpital de Bastia qui se trouve en fin de vie", complète André Fazi, politologue, maître de conférences en science politique à l’Université de Corse.
Promesse de l'autonomieReste que l'enjeu principal du déplacement du chef de l'État se situe - comme toujours en Corse - sur le terrain politique. La future autonomie de l'île et l'inscription de sa spécificité dans la Constitution est une promesse faite par Emmanuel Macron lors de sa visite en février 2018... jamais mise en œuvre pendant le premier quinquennat.
En mars 2022, en pleine campagne présidentielle, le sujet revient comme un boomerang dans l'agenda de l'exécutif. À la prison d'Arles, un djihadiste d'origine camerounaise agresse Yvan Colonna. Le Corse décède vingt jours plus tard à l'hôpital Nord de Marseille. L'île de beauté s'embrase. Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, est parachuté en territoire insulaire. Sa mission ? Entamer des discussions sur l'autonomie. Alors que la jeunesse insulaire manifeste au cri de "statu francese assassinu" (Etat français assassin), le premier flic de France concède dans Corse-Matin : "Nous sommes prêts à aller jusqu’à l’autonomie". À la clé, un rapport, baptisé Autonomia, déposé sur le bureau d'Emmanuel Macron depuis juillet 2023 et adopté à la quasi-unanimité des nationalistes.
Contexte tenduC'est dans ce contexte tendu que la parole d'Emmanuel Macron est attendue ce jeudi 28 septembre. Autonomie ou pas ? Et si oui, quelle autonomie ? Depuis l'Assemblée de Corse, Emmanuel Macron devrait répondre à cette question. D'autant que la pression s'accentue. Le 5 juillet dernier, l'Assemblée de Corse a franchi une étape en adoptant, à une large majorité, une délibération sur l'autonomie, plaidant pour un pouvoir législatif dans tous les domaines sauf le régalien. Les autonomistes veulent également un statut de résident corse, la co-officialité de la langue corse et l'inscription de la notion de peuple corse dans la Constitution.
ExpectativeQue répondra le président ? "Aujourd'hui, tout le monde est dans l'expectative, admet Jean-Louis Fabiani. Personne ne peut dire jusqu'où ira Macron. " L'expert ne croit pas à une révision de la Constitution, avec un futur article 72 - 5 spécifique à la Corse. "En ce moment, étant donné la majorité relative à l'Assemblée nationale et la majorité de droite au Sénat, toute révision constitutionnelle s'annonce difficile. D'autant que la Corse est déjà une collectivité territoriale de statut spécial, donc avec déjà une relative autonomie. On pourrait aller plus loin sans aller jusqu'à une autonomie complète et encore moins l'indépendance."
La droite veut peserLe chef de l'État doit aussi prendre en compte les positions de la droite, qui entend avoir son mot à dire. "Il n'y aura aucun accord sans le Sénat. Parce que s'il doit y avoir une révision constitutionnelle, le Sénat a un droit de veto. Et parce qu'il n'existe plus de majorité absolue à l'Assemblée nationale", a rappelé dans Corse Matin Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR.
Pour André Fazi, l'inscription de la spécificité de l'île dans la Constitution serait pourtant "cohérente sur le plan formel. Mais c'est une symbolique qui gêne beaucoup, notamment le président des LR au Sénat et la droite locale,
car elle rappellerait la nouvelle Calédonie et la reconnaissance de son droit à l'autodétermination."
Nicolas Faucon