Langue française : sommes-nous vraiment coupables d’utiliser des pléonasmes ?
"J’ai ajouté en plus" ; "ils sont complémentaires l’un de l’autre" ; "nous avons coopéré ensemble"… Vous les avez sans doute reconnues, ces formules où l’on répète inutilement des mots ayant le même sens. Ce sont les pléonasmes, ces "fautes" de français que nous autres, pauvres pécheurs, commettons plus souvent qu’à notre tour.
Nuançons. En général, nous parvenons à éviter les plus évidents : "monter en haut", "s’approcher de près", "reculer en arrière"… Ceux-là arrivent fardés comme des cagoles marseillaises (pléonasme ?) à l’entrée d’une boîte de nuit et sont relativement faciles à écarter.
Nuançons encore. Dans de rares cas, les pléonasmes – du grec pleonasmos, "surabondance, excès" – peuvent être considérés comme de véritables figures de styles, comme l’ont prouvé nos plus grands auteurs. Voyez Molière, dans Tartuffe : "Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu." Voyez Racine, dans Iphigénie : "Et que m’a fait à moi cette Troie où je cours ?" Voyez Mallarmé, dans Les Dieux antiques : "Un beau nuage repose l’azur bleu et profond." Mais à moins de se croire digne d’entrer de son vivant dans la Pléiade, il faut reconnaître que, le plus souvent, ils nous échappent purement et simplement.
Qui n’a jamais "crié fort" ?
Il est vrai que certains sont particulièrement retors. Qui n’a jamais "crié fort" ? "Reporté à plus tard" ? "Optimisé au maximum" ? Qui n’a jamais évoqué une "accalmie passagère" ? Une "perfection absolue" ? Une "importation de l’étranger" ? Des "dépenses onéreuses" ? Qui n’a jamais été tenté de parler de "compliments élogieux" ? D’un "don inné" ? D’une "victime innocente" ? D’un "tri sélectif" ? J’en connais même qui, sur les "forums de discussion", revendiquent une "orthographe correcte"…
Reconnaissons-le : ces pléonasmes-là semblent avoir été inventés dans le seul but de nous piéger. C’est pourquoi je me permets de poser cette question interrogative : en succombant à leurs charmes séduisants, sommes-nous vraiment des coupables fautifs ? Personnellement, je ne le pense pas moi-même. Et si, comme je l’espère, vous partagez mon avis, n’hésitez pas à applaudir des deux mains.