Arts : à Stockholm, le Konserthuset retrouve des couleurs
Chaque 10 décembre depuis cent ans, le monde entier a les yeux braqués sur sa grande salle, où se déroule la cérémonie de remise des prix Nobel – excepté celui de la Paix décerné à Oslo, conformément à la volonté d’Alfred Nobel. Au cœur de la capitale suédoise, dans le quartier Norrmalm, le Konserthuset - maison des concerts, en VF – de Stockholm doit sa notoriété à la plus prestigieuse des récompenses internationales, mais aussi à la couleur de sa façade, d’un bleu peu commun, qui a contribué à faire de cet édifice néoclassique un fleuron du patrimoine local. Aujourd’hui, une restauration extérieure du monument est en cours avec l’objectif de lui restituer sa teinte d’origine au printemps prochain, alors que le lieu fêtera son centenaire.
Le premier coup de pioche en 1923
C’est en effet en 1926 que le Konserthuset, destiné à abriter la société des concerts de la ville, devenue par la suite l’Orchestre philarmonique royal de Stockholm, sort de terre après cinq années de discussions acharnées. Dès 1921, son implantation, prévue à l’angle de deux grandes artères du centre-ville, suscite la polémique. Gunnar Asplund, architecte influent de l’époque, s’en mêle, soutenant le positionnement du futur édifice sur la place Hötorget, où se déploie quotidiennement le marché historique du secteur. L’homme le martèle, l’animation colorée des étals créera à coup sûr "un contrepoids pittoresque face à la solennité des colonnes". Il est finalement entendu et lorsque son jeune pair, Ivar Tengbom, qui a remporté l’appel d’offres, lance le premier coup de pioche en 1923, la maison des concerts a trouvé sa juste place.
Comme Asplund, Tengbom est un chantre du néoclassicisme nordique, en vogue dans les années 1920 au moment où l’Art déco, né sur ces terres scandinaves, bat son plein en Europe. Le jeune maître d’ouvrage rêve de bâtir un temple grec, métamorphosé sur ses plans en un bâtiment cubique au crépi bleu-violet habillé de colonnes corinthiennes grises. C’est l’artiste suédois Isaac Grünewald, ancien élève de l’académie d’Henri Matisse à Paris, qui réalisera le pigment voulu par Tengbom : un bleu qui donnerait l'impression que la maison flotte – à la fois en se fondant dans le ciel et en se démarquant des bâtiments environnants, alors peints dans des tons plus discrets.
Initiée en avril dernier, la restauration extérieure du monument se poursuivra jusqu’au printemps prochain. L’édifice, qui reste ouvert pendant les travaux, révèle déjà la rénovation de sa façade principale, celle donnant sur la place du marché, dont la teinte s’est éclaircie, même s’il s’agit bien du pigment d’origine, lequel, pollution oblige, avait foncé avec le temps.