Donald Trump propose Kevin Warsh à la Fed : un test pour l’indépendance monétaire
Donald Trump espère avoir enfin un allié à la tête de la Réserve fédérale américaine, plus communément appelée la "Fed". Le 30 janvier, le président américain a choisi Kevin Warsh pour diriger l’institution américaine, au terme de plusieurs mois de tractations. Ancien membre du conseil des gouverneurs de la Fed entre 2006 et 2011, le personnage est réputé pour son orthodoxie monétaire.
À 55 ans, Kevin Warsh coche toutes les cases du banquier central classique : formé à Stanford et Harvard, passé par Wall Street, il fut le plus jeune gouverneur de la Fed de son histoire. Donald Trump s’est félicité de ce parcours dans un long message sur Truth Social, soulignant notamment qu’il "a la tête de l’emploi". Profil connu et expérimenté, Warsh apparaît comme un compromis acceptable après des mois d’incertitude, ce qui explique l’accueil relativement calme des marchés. Le natif de l’Etat de New York n’est pas encore en poste : sa nomination doit être confirmée par le Sénat, elle devrait se faire sans encombre puisque les Républicains y sont majoritaires.
Une indépendance sous surveillance
Selon le Wall Street Journal, Kevin Warsh se prépare depuis plus de dix ans à diriger la Fed, poste qu’il convoitait déjà en 2017. Cette fois, note le Washington Post, il s’apprête à "hériter de l’un des emplois les plus difficiles à mener : piloter la politique monétaire d’une institution pensée pour être indépendante tout en gérant les demandes d’un président qui n’a pas peur de faire publiquement pression sur la Fed pour obtenir des taux plus bas".
La question centrale demeure celle de l’indépendance de la Réserve fédérale. Donald Trump a multiplié ces derniers mois les pressions et attaques contre la banque centrale, critiquant publiquement son actuel président Jerome Powell, fervent opposant aux politiques monétaires trumpistes. Certes, Kevin Warsh ne dispose que d’une voix parmi les douze membres du comité qui fixe les taux, mais il en définira l’orientation générale. Il devra prouver qu’il peut diriger l’institution sans céder aux injonctions politiques, condition essentielle de la crédibilité de la politique monétaire américaine.
Un revirement idéologique qui interroge
Mais un doute émerge déjà. En cause : l’évolution récente de ses positions. Longtemps, Kevin Warsh s’est illustré comme un adversaire résolu de l’inflation, plaidant pour des hausses de taux afin de la contenir. Or récemment, il s'est soudainement rallié à la ligne de Donald Trump, qui tente de son côté de provoquer une baisse des taux d’intérêt pour encourager les entreprises et les particuliers à investir et consommer, au risque d'encourager l'inflation. Dans ce contexte, le virage trumpiste de Kevin Warsh étonne.
Une autre théorie adoptée par le futur président de la Fed alarme d’autant plus les économistes : il affirme désormais que la dérégulation voulue par Donald Trump sera appuyée par un futur boom de productivité lié à l’intelligence artificielle, et que ces facteurs croisés suffiront à contenir la hausse des prix. Un raisonnement jugé fragile par de nombreux spécialistes, pour qui les gains de productivité liés à l’IA restent hypothétiques, et leurs effets sur l’inflation incertains et lointains. En matière de politique monétaire, parier sur des bénéfices futurs pour desserrer dès aujourd’hui les taux s’apparente davantage à un acte de foi qu’à une gestion prudente — et place Kevin Warsh face à sa première épreuve de crédibilité.