Milo Manara, dessiner encore et toujours
Hommage à Eco
L'enjeu était de taille: résumer en deux albums, dont le second vient de sortir en France, le foisonnant roman policier médiéval de l'écrivain italien qui avait connu un immense succès en 1980.
"Cela n'a pas été facile car le roman est tellement riche. Il a fallu se concentrer sur les personnages principaux et le coeur de l'histoire", explique Milo Manara dans un entretien à l'AFP à Paris.
Mais en restant "le plus fidèle possible" au texte d'Umberto Eco, "un très grand écrivain".
"Le nom de la rose" est, selon lui, "un roman d'une très grande actualité" car il traite de "la concentration des richesses ou de la place de la femme".
Les lecteurs semblent apprécier car les ventes du second album, sorti le 21 janvier, sont supérieures à celles du premier, selon l'éditeur Glénat.
L'auteur se félicite d'avoir "de fidèles lecteurs en France", le pays où il a le plus de succès devant l'Italie, où "la BD est moins populaire et est plus destinée aux jeunes".
Depuis 55 ans
"Depuis 55 ans, je dessine" et "je ne suis pas capable d'imaginer une vie sans dessiner", reconnait Milo Manara, qui ne veut pas entendre parler de retraite.
Dans son atelier proche de Vérone, dans le nord de l'Italie, il dessine toujours à l'encre, sur du papier. "Je trouve émouvant de répéter les gestes que faisait déjà l'homme il y a des milliers d'années", car l'humain a "toujours dessiné".
Après "Le nom de la rose", "j'ai besoin de quelques mois avant de me lancer dans une nouvelle BD, qui sera sans doute plus légère", souligne-t-il.
En attendant, il doit terminer un court épisode de "Sin City", la série de BD créée par l'Américain Frank Miller.
Maître de l'érotisme
Milo Manara dit parfaitement assumer d'être considéré comme "un maître de la BD érotique". "Je n'ai rien fait pour ne pas le mériter", s'en amuse-t-il.
Cette réputation un peu sulfureuse a été bâtie dans les années 1980 avec les albums "Le déclic", les aventures de "Giuseppe Bergman" ou "Les Borgia", riches en scènes dénudées.
"C'est bien d'être connu pour quelque chose en particulier: pour moi, c'était l'érotisme mais je n'ai pas fait que cela", précise l'auteur de "L'Eté indien" avec Hugo Pratt, de "Voyage à Tulum" avec Federico Fellini ou de la biographie du peintre Le Caravage.
Milo Manara estime cependant qu'il ne serait plus possible de sortir un album aussi osé que "Le déclic" aujourd'hui. "L'époque a changé. Dans les années 1970 et 1980, on était plus libre par rapport à l'érotisme, à l'humour. La société découvrait la liberté et on en a profité".
Intitulé "Utopies", un recueil illustrant la diversité de ses dessins doit être publié au printemps par Glénat.
Amoureux de Bardot
Milo Manara a été "ému" par la mort de Brigitte Bardot le 28 décembre.
Elle "représentait beaucoup pour les gens de mon âge" car "elle a joué un rôle très important dans les changements des années 1960".
"Elle reste le symbole indémodable de la femme libre et je ne vois pas de figure aussi iconique actuellement", ajoute l'artiste, qui a réalisé 25 aquarelles originales de la star en 2016.
"Je suis très fière de ce qu'il a fait. Il m'a sublimée", avait réagi Brigitte Bardot.