Marine Le Pen condamnée en appel ? Au RN, le temps suspendu
Le chemin de croix ne fait que commencer. Presque un an s’est écoulé depuis le 31 mars 2025 et la condamnation en première instance de Marine Le Pen à cinq ans d’inéligibilité assortis d’une exécution provisoire dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national (devenu Rassemblement national). Ce mardi 3 février, les réquisitions du procès en appel sont tombées : si le parquet renonce à demander l’exécution provisoire, les cinq ans d’inéligibilité, eux, sont maintenus. Et empêcheraient Marine Le Pen de se présenter à l’élection présidentielle. La décision est attendue au courant du mois de juin. Retour à la case départ pour la cheffe de file de l’extrême droite. Voilà un an déjà que le temps est suspendu. Qu’il faut préparer les esprits à une possible candidature alternative - celle de Jordan Bardella - sans pour autant enterrer l’avenir politique de Marine Le Pen.
Cette cohabitation, mise en place depuis un an, devrait rapidement trouver ses limites. Car si le Rassemblement national compte entretenir le statu quo jusqu’au mois de juin, l’échéance présidentielle, elle, se rapproche avec ce qu’elle compte de sondages, de positionnements nécessaires, d’alliances potentielles et de constructions programmatiques. Les sondages, déjà, font de Jordan Bardella le nouveau favori de l’élection, donné gagnant au second tour dans la majorité des cas. Participant ainsi à l’érosion plus ou moins consciente d’une potentielle candidature de Marine Le Pen.
Les positionnements, ensuite, devront se préciser au fil des mois. Or sur certains sujets, économiques ou internationaux, les deux frontistes n’affichent pas un alignement parfait. Il n’a échappé à personne, à droite, que la sensibilité plus libérale de Jordan Bardella sur le plan économique, loin de la ligne étatiste prônée par la députée du Pas-de-Calais, s’affirme de plus en plus au fil des mois. "Nous ne sommes pas des clones", aime d’ailleurs à répéter ce dernier.
"On a ordre de ne pas commenter"
En interne, on jurait jusqu’à présent que les deux leaders étaient "complémentaires", l’une continuant de câliner sa base électorale sur un fond de "ni droite ni gauche" et l’autre attirant à lui un écosystème plus large, plutôt issu de la droite traditionnelle. A l’heure où la droite se cherche un candidat et la Macronie un successeur, cette "complémentarité" pourrait se révéler, au mieux, artificielle, au pire, encombrante dans l’élaboration d’une stratégie de candidature. Au parti, tous ont bien conscience de l’obsolescence programmée de ce scénario à deux têtes. La preuve : le mot a été passé à tous les élus et cadres frontistes d’en dire le moins possible. "On a ordre de ne pas commenter le procès, la décision, ni ce qui pourra en découler", indique un élu.
Sur les plateaux, bien sûr, la question est inévitable. Et les lieutenants marinistes louvoient comme ils peuvent. Ce mardi, invité de la matinale de TF1, le député de la Somme et proche de Marine Le Pen, Jean-Philippe Tanguy, interrogé sur le maintien de la candidature de cette dernière, s’est débattu comme il a pu : "Il y a la question de pouvoir se présenter et celle de vouloir se présenter, a-t-il assuré. Elle a toujours voulu pouvoir faire campagne dans des conditions normales, dans un rapport de vérité avec les Français. C’est elle qui décidera. Cette élection, c’est un rapport entre Marine Le Pen et les Françaises et Français, et personne ne doit s’immiscer dedans." Y compris Jordan Bardella ? "Je ne vois pas pourquoi vous mettez en cause Jordan Bardella, il s’est engagé pour Marine Le Pen, la réponse est dans cette affirmation évidente, comme nous tous il s’est engagé en politique en suivant la personnalité et le programme de Marine." Débat clos, donc.
Tout a changé mais rien ne bouge
En novembre, pourtant, Marine Le Pen s’était déjà prononcée auprès du magazine réactionnaire Causeur : si elle était condamnée en appel, elle ne se présenterait pas pour pouvoir laisser au parti le temps de lancer la candidature de son poulain. "On ne peut pas se lancer dans une campagne présidentielle au dernier moment", assurait-elle alors. Jordan Bardella, lui, rappelle depuis avec zèle à chaque intervention médiatique son désir de voir son mentor se porter candidat. D’ici juin, donc, les choses sont claires, tout a changé mais rien ne bouge. Marine Le Pen reste candidate, Jordan Bardella lui reste fidèle. L’un s’attelant simplement à parfaire son image présidentielle pendant que l’autre s’efforce de ne pas la déchirer trop vite.