Pour les microentreprises indiennes, l'avenir s'écrit avec l'IA, presque sans réserve
Fondateur de la start-up indienne Idea Jewellery, le jeune homme en est très fier: le bijou a été entièrement conçu par l'IA et incarne le formidable potentiel d'innovation que la révolution technologique en cours, il en est sûr, va faire ruisseler dans toute l'économie indienne.
"Réaliser des bijoux comme ceux-là prenait auparavant six à sept mois de travail" à une équipe de tailleurs et de sertisseurs qualifiés, détaille Siddarth Soni en présentant une palette de ses dernières réalisations.
Dorénavant, grâce à une imprimante 3D pilotée par IA, "je peux faire cette pièce en une semaine", assure-t-il.
L'impact de l'IA sur l'emploi nourrit de vives inquiétudes dans les allées du sommet indien, qui réunit jusqu'à vendredi le gratin mondial du secteur autour du Premier ministre indien Narendra Modi et d'une quinzaine de chefs d'Etat et de gouvernement.
La question n'épargne pas l'entreprise de Siddarth Soni, qui a décidé de lancer dans l'aventure de l'IA l'entreprise de joaillerie familiale créée il y a une trentaine d'années dans la ville d'Hyderabad (nord).
Le jeune homme assure que son père est "enthousiaste" et qu'il "veut développer ses affaires dans le monde entier", notamment sur le marché américain.
"Aller de l'avant"
Mais il ne cache pas que son père, comme son grand-père d'ailleurs, redoutent que le recours à la machine "ne fasse perdre aux artisans leur imagination".
L'ambitieux patron ne s'en préoccupe pas trop. "C'est vrai qu'en utilisant l'IA nous perdons la dimension artistique", concède-t-il. "Mais il faut aller de l'avant".
Sa start-up incarne le modèle de l'économie indienne que Narendra Modi veut vendre au monde lors du sommet. Un tremplin qui "démontre les capacités de la jeunesse de notre pays" et "constitue la preuve qu'il progresse rapidement", a-t-il vanté.
L'Inde a annoncé plus de 200 milliards de dollars promesses d'investissements dans les deux ans sur son sol, notamment de la part de grands noms de la "tech" américaine comme Google ou Microsoft, notamment pour la construction de centres de données géants.
Idea Jewellery compte sur cette ruée pour porter le chiffre d'affaires de l'entreprise familiale au niveau supérieur.
Siddarth Soni attend beaucoup d'un outil développé par Gemini, l'assistant d'intelligence artificielle de Google, qui permet de choisir le métal, les pierres et la fourchette de prix d'un bijou avant d'en lancer la conception.
Les artisans qui ont passé des années à apprendre leur métier et passent des semaines à réaliser un seul bijou "ne sont pas très à l'aise" avec une technique qui pourrait bien signer leur arrêt de mort, concède volontiers M. Soni.
"Nouveaux emplois"
Mais ce sont quand même eux qui fabriquent les pièces "parce que c'est leur gagne-pain", ajoute-t-il.
L'essor du secteur génère des bénéfices considérables pour les géants mondiaux du secteur, à un rythme euphorique qui, selon de nombreux analystes, menace de faire exploser une "bulle" de l'IA.
Pour l'heure, gouvernements et entreprises préfèrent insister sur les progrès qu'elle promet.
A la tête d'une autre start-up, Xtreme Gen AI, Peush Bery vend un agent conversationnel adapté au monde des affaires qui permet aux vendeurs indiens de travailler dans une dizaine de langues locales.
Le marché est compétitif, mais le patron espère s'y faire une place intéressante et intéressée avec son outil, qu'il a d'abord voulu simple d'utilisation.
Peush Bery le sait, la technologie qu'il vend menace, à plus ou moins long terme, le gigantesque et très pourvoyeur d'emplois secteur indien des centres d'appel. Mais il reste optimiste. "De nouveaux emplois se créent, de nouveaux secteurs émergent", résume-t-il.
Autre exemple, celui de Soil Doctor, qui a proposé à 500 exploitations agricoles de dix Etats indiens un outil piloté par IA pour tester la qualité des sols, destiné aux femmes et aux jeunes des campagnes.
L'IA "peut largement profiter aux agriculteurs", estime le dirigeant de la microentreprise, Vartika Gupta. "Saison après saison, ils vont pouvoir augmenter leurs rendements à un prix nettement moins élevé".