"Face aux massacres de manifestants en Iran, nous ne resterons pas silencieux" : l'appel de 111 personnalités
Les soussignés – avocats, membres des professions juridiques et personnalités publiques, que nous soyons de nationalité ou d’origine iranienne, ou de toute autre nationalité – formulons, avec urgence et profonde préoccupation, le présent appel au nom de celles et ceux qui, en Iran, sont réduits au silence.
Partout en Iran, des manifestants pacifiques, qui n'ont cherché qu'à exercer leur droit à la liberté d'expression et à l'autodétermination dans la dignité – y compris leur droit légitime d'exprimer leur exaspération face à l'effondrement économique désormais systémique du pays, qui empêche le peuple iranien d’accéder à ses besoins les plus élémentaires (alors que, selon certaines informations, des milliards de dollars seraient détournés quotidiennement par ceux qui détiennent le pouvoir et leurs proches) – ont été confrontés à l'usage de la force, à des arrestations massives et à des homicides systématiques à grande échelle, ainsi qu’un black-out informationnel croissant.
Bien que les informations en provenance d’Iran soient rares, celles qui parviennent jusqu’à nous indiquent que le nombre de morts liés à la répression menée par le régime au cours des dernières semaines dépasserait les dizaines de milliers de personnes, pour la plupart des jeunes, tandis qu’un nombre plus important encore serait détenu illégalement. Le lieu de détention des personnes arrêtées n’est pas divulgué, et il est fait état d’exécutions menées sans aucun procès.
Crimes contre l'humanité
Parallèlement, le régime iranien a coupé l’accès de la population à Internet, l’isolant ainsi du reste du monde. Le 10 janvier 2026, la Mission internationale indépendante d’établissement des faits des Nations Unies sur la République islamique d’Iran a demandé le rétablissement immédiat de l’accès à Internet et des communications mobiles, ainsi que la fin de la répression violente des manifestations en cours. A ce jour, la République islamique n’a pas donné suite à cet appel.
La violence d’Etat exercée par la République islamique à l’encontre des manifestants a d’ores et déjà atteint le seuil des crimes internationaux les plus graves. En 2024, la Mission d’établissement des faits de l'ONU a estimé que les violations graves commises lors des manifestations "Femme, Vie, Liberté" de 2022 pouvaient constituer des crimes contre l’humanité. Les faits plus récents — notamment les homicides à grande échelle et la répression systématique de manifestants pacifiques — sont également susceptibles de recevoir cette qualification. Le 23 janvier 2026, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté une résolution prolongeant de deux ans le mandat de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran, ainsi que d’un an celui du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme. La résolution appelle également à l’ouverture d’une enquête urgente sur la répression des manifestations à travers le pays qui a débuté le 28 décembre 2025.
Compte tenu de la gravité des atrocités perpétrées par les autorités à l’encontre du peuple iranien, nous appelons les gouvernements, les institutions et les citoyens du monde entier à agir immédiatement en :
- Condamnant publiquement et sans équivoque les homicides et la détention illégale de manifestants pacifiques, et en exigeant l’arrêt immédiat du recours aux balles réelles, aux arrestations arbitraires, à la torture et aux exécutions.
- Soutenant les enquêtes indépendantes et la préservation des preuves, en coopération avec la Mission d’établissement des faits de l'ONU et d’autres mécanismes d’établissement des responsabilités.
- Sanctionnant le Corps des Gardiens de la révolution islamique en tant qu’organisation terroriste.
- Refusant l’entrée et le séjour à toute personne impliquée dans de graves violations des droits humains, au moyen d'une action coordonnée comprenant des interdictions de visa, un contrôle rigoureux en matière d’immigration et des gels d’avoirs visant les hauts responsables, les forces de police et militaires, les juges, les procureurs, les autorités pénitentiaires, ainsi que toute autre personne ayant ordonné, facilité ou commis des violations des droits humains.
- Empêchant l’impunité par la fuite. Lorsque des auteurs présumés cherchent à entrer sur un territoire ou s’y trouvent, lorsque les preuves le justifient, ils doivent faire l'objet d'enquêtes et de poursuites en vertu du droit national applicable, notamment au titre de la compétence universelle, lorsque cela est possible.
Nous ne resterons pas silencieux alors que des Iraniens sont tués pour avoir revendiqué leur droit à la dignité et à la liberté. Les responsables doivent savoir qu'ils auront des comptes à rendre et qu’aucune échappatoire ne leur sera offerte par la communauté internationale.
Les opinions exprimées dans la présente lettre le sont à titre strictement personnel et ne reflètent pas celles des cabinets d’avocats, employeurs ou clients des signataires (le cas échéant).
* Signé par :
- Saeid ABEDI
- Safya AKORRI
- Laura ASBATI
- Juliette ASSO-RICHARD
- Niels AUJOUANNET-KELNER
- Dr Philippe AZOUAOU
- Yas BANIFATEMI
- Tristane BANON, essayiste, romancière et journaliste
- Simone BENZAQUEN RODAN, essayiste
- Dr Affef BEN MANSOUR
- Professeur George BERMANN
- Ketevan BETANELI
- Matthieu BOCCON-GIBOD
- Dr Rouven BODENHEIMER
- Anastasia BONDARENKO
- Sebastien BONNARD
- Martin BRASART
- Marie-Provence BRUE
- Guillemette BURGALA
- Laurence BURGER
- Nora BUSSIGNY, journaliste et autrice
- Audrey CAMINADES
- Jonathan CARY
- Sydney CHARDON
- Hélène DAHER
- Emmanuel DAOUD
- Coralie DARRIGADE
- Louis DEGOS, Bâtonnier du Barreau de Paris
- Guillaume DE RANCOURT
- Ladan DIRICKX, Bâtonnière du Barreau d’Angers
- Sarah DORAGHI, journaliste, auteure et actrice
- Caroline DUCLERQ
- Carine DUPEYRON
- Shirley ELGHANIAN, chef d’entreprise et entrepreneur
- Patrick EL HAYEK
- Jérémie FIERVILLE
- Louis FLANNERY KC
- Clément FOUCHARD
- Laurence FRANC-MENGET
- Charles FUSSELL
- Ulrike GANTENBERG
- Anne GAUSTAD
- Virginie GUILHAUME, journaliste et présentatrice de télévision
- Amir GHAFFARI
- Saam GOLSHANI
- Fabienne GOUBAULT
- Sara HABIBI
- Marzieh HAMIDI, athlète (championne de taekwondo)
- Dominique T. HASCHER
- Pascal HOLLANDER
- Jean-Christophe HONLET
- Michael HUMBERT, entrepreneur
- Edward HUMPHRIES
- Alexandra JOHNSON
- Cyrus KADIVAR, auteur
- Raphaël KAMINSKY
- Rachel KHAN, athlète, actrice et écrivaine
- Elie KLEIMAN
- Professeure Julie KLEIN
- Professeure Caroline KLEINER
- Ioana KNOLL-TUDOR
- Jean-Luc LARRIBAU
- Karen LAIK
- Maude LEBOIS
- Irène LEGER
- Nanou LELEU-KNOBIL
- Antonin LEVY
- Dorothee MADSEN
- Eliza MAHDAVY-TURCAT
- Professeur Harry MCVEA
- Caroline MIRIEU DE LABARRE
- Yasmin MOHAMMAD
- Alasdair MURRAY, écrivain, consultant politique et expert en communication
- Samantha NATAF
- Marie-Agnès NICOLAS
- Reihaneh NOVEIR
- Claire PAULY
- Marily PARALIKA
- Yuri PARKHOMENKO
- Anna PEYDA
- Pierre PIC
- Rachel-Flore PRADO
- Harry PREBENSEN
- Florian QUINTARD
- Guillaume DE RANCOURT
- Alaina RAMSAY
- Alice ROUSSEAU
- Kyra RUBINSTEIN
- Sahand SABER
- Shaparak SALEH
- Marjane SATRAPI, artiste, réalisatrice et écrivaine
- Juliette SCHWEBLIN
- Professeur Christophe SERAGLINI
- Mohamed SHELBAYA
- Benjamin SIINO
- Luke SOBOTA
- Eleonora SORRIBES
- Ilana SOSKIN
- Julie SPINELLI
- Robert STEELE
- Gisele STEPHENS CHU
- Natasha TARDIF
- Professeur Louis THIBIERGE
- Max TINTIGNAC
- Anne-Sophie TONIN
- Peter TURNER KC
- Alexandra VAN DER MEULEN
- Teresa VEGA
- Julie WALRAFEN
- Rikard WIKSTROM-HERMANSEN
- François ZIMERAY