Mode: chez Fendi, un retour sensuel et délicat pour Maria Grazia Chiuri
Saluée par une standing ovation, Maria Grazia Chiuri retrouvait Fendi 35 ans après ses débuts dans la maison romaine, succédant à Karl Lagerfeld, Kim Jones et Silvia Venturini Fendi, héritière des fondateurs de la griffe.
La créatrice a expliqué vouloir présenter une "géographie personnelle" de la mode, mettant en avant l'histoire de Fendi comme la collaboration avec d'autres créateurs. Cette méthode avait déjà participé à son succès critique et commercial chez Dior, une des autres perles de la couronne de LVMH, numéro un mondial du luxe.
Cette première collection automne-hiver, mixte, a notamment mis en avant des fourrures noires, blanches, vertes, toutes recomposées.
La "régénération" de ces fourrures "n'est pas un simple procédé de récupération, mais aussi un acte de résistance créative et radicale à la standardisation et à l’hyperconsumérisme, traits distinctifs de la mode instantanée et sérielle", a expliqué la marque de luxe dans un communiqué.
"Sur le plan technique, en revanche, elle exige un engagement et des compétences artisanales supérieurs à ceux nécessaires à la confection ex novo (en partant de zéro, NDLR) d’un vêtement", avec un résultat unique qui fait écho "aux principes de la Haute Couture", selon Fendi.
Face au siège milanais de Fendi qui accueillait le défilé, une dizaine de militants ont manifesté pour demander que la semaine de la mode milanaise interdise la fourrure, comme ont pu le faire Londres ou New York.
A l'intérieur, les acteurs Monica Bellucci et Jude Law comptaient parmi les centaines d'invités de la marque, assis autour de Bernard Arnault, patron de LVMH.
Sensuel
Le nouveau Fendi propose aussi des robes très fluides (dont une écarlate, sûrement en hommage à Valentino, décédé fin janvier) et des cuirs travaillés comme de la dentelle.
Maria Grazia Chiuri plaide pour "un retour au désir", "à une époque où les corps sont de moins en moins écoutés dans leurs pulsions les plus terrestres et originelles".
En revenant chez les soeurs Fendi, "je suis ici pour rendre ce qu'elles m'ont donné", a déclaré la créatrice au magazine Vogue.
Avec des cols de chemise portés comme des colliers par les femmes, et de larges fourrures pour les hommes, Maria Grazia Chiuri a aussi revendiqué de "dépasser la distinction entre garde-robe féminine et masculine".
Après un passage remarqué chez Valentino, Maria Grazia Chiuri avait pris les rênes des collections femme de Dior en 2016, devenant ainsi la première femme à occuper le poste de directrice artistique dans la maison parisienne.
Après l'extravagant et provocateur John Galliano et l'acclamé mais éphémère Raf Simons, la créatrice avait réussi en neuf ans à imposer sa vision de la femme Dior, à travers notamment un style plus "portable" et "confortable" et des collaborations avec des artistes féministes.
Elle avait en particulier fait sensation en présentant pour son premier défilé en octobre 2016 un simple t-shirt blanc arborant le message "We should all be feminists" en lettres noires, une phrase empruntée à l'écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie.
Pour cette première saison chez Fendi, la créatrice de 61 ans a aussi collaboré avec la jeune artiste SAGG Napoli pour des t-shirts et écharpes de foot à messages, tels que "Enracinée mais pas bloquée", ou "Loyale mais pas obéissante" (en italien).