Ventes de livres : la guerre des best-sellers aura-t-elle lieu ?
En guise de préambule, un point s’impose sur le cas de Gisèle Pelicot, en tête des ventes d’essais. Et la joie de vivre (Flammarion) a fait un très bon démarrage avec 63 000 exemplaires écoulés la première semaine. En deuxième semaine, elle a fait moins : "seulement" 40 000 exemplaires. On peut voir le verre à moitié plein (elle en est déjà à plus de 100 000 exemplaires en quinze jours) ou à moitié vide (le fait qu’elle ait reculé de plus de 30 % dès la deuxième semaine n’est pas bon signe pour la suite). Quoi qu’il en soit, de tels chiffres sont faramineux dans un contexte où atteindre ne serait-ce que 10 000 exemplaires fait désormais figure de prodige…
Après un mois de janvier sinistré (sauf pour Pierre Lemaitre), et un mois de février marqué par l’exception Pelicot, nous voici déjà en mars. Le printemps verra-t-il éclore des succès ? Les éditeurs ont fait le nécessaire. Sont sortis cette semaine le nouveau Guillaume Musso, Le Crime du paradis (Calmann-Lévy), ainsi que le Morgane Moncomble, La Révolte de la reine (Hugo Publishing), qui bénéficie d’un premier tirage de 180 000 exemplaires. Sortez vos agendas car ce n’est que l’apéritif. Nous attendons la semaine prochaine (offices du 11 et du 12 mars) Marie Vareille avec Nous qui avons connu Solange (Flammarion), Aurélie Valognes avec L’Emerveillement (JC Lattès), Tatiana de Rosnay avec Les Cœurs sont faits pour être brisés (Albin Michel) et Maud Ankaoua avec Tu m’avais promis (Eyrolles). Notons que certains de ces romanciers jouent gros, car la littérature ne relève pas de la fonction publique : être un auteur de best-sellers n’est pas un statut garanti à vie.
Quand on parle d’Aurélie Valognes, on pense spontanément à Mémé dans les orties, d’abord paru en autoédition puis vendu à 1 million d’exemplaires en poche il y a dix ans. Celle qui s’est récemment installée dans l’ancien manoir breton de Jane Birkin a pris au cours des années 2020 un virage plus littéraire qui est allé avec une érosion de ses ventes. Alors qu’elle était abonnée au plus de 100 000 exemplaires en grand format, Aurélie Valognes a vendu 90 000 exemplaires de L’Envol (2023) puis 45 000 exemplaires de La Lignée (2024). Elle a changé de maison d’édition et redressé la barre l’an passé avec les 65 000 exemplaires La Fugue (2025). Renouera-t-elle avec ses chiffres d’antan ? Nous verrons... Dans le même registre, le carton mondial d’Elle s’appelait Sarah appartient à l’histoire ancienne. En 2024, Tatiana de Rosnay n’a rencontré que 30 000 lecteurs avec Poussière blonde (son livre sur Marilyn Monroe), ce qui à son échelle est un échec. Elle aussi doit rebondir.
Pourquoi tous ces titres sortent-ils en même temps en mars ? C’est l’idée qu’ils vont faire quelques bons mois jusqu’à l’été, puis surfer ensuite sur les grandes vacances. Or le contexte n’est pas en leur faveur. On sait que les années d’élections présidentielles sont rudes pour les ventes de romans. C’est moins le cas avec les municipales, mais cela grignote quand même une bonne part de l’attention des potentiels lecteurs. La guerre en Iran, avec le climat anxiogène qu’elle génère, devrait tendre encore plus le marché. Si ces livres à enjeux venaient à ne pas remplir leurs objectifs, l’édition sortirait des semaines qui viennent encore plus affaiblie qu’elle ne l’est déjà.