Langue française : les moines copistes utilisaient déjà les SMS !
Bjr pour "bonjour", tkt pour "t’inquiète", a2m1 pour "à demain"… Dans les textos comme sur les réseaux sociaux, les abréviations fleurissent à qui mieux mieux, et certains le déplorent. Force est pourtant de le constater : ce procédé n’a rien de nouveau. Les moines copistes y recouraient déjà au Moyen Age !
Eh oui. A l’époque, mlt signifiait "moult" et chlr, "chevalier", comme le rappelle Gabriella Parussa dans Ecrire le français (Actes Sud). Les religieux n’hésitaient pas non plus à réduire un terme à sa prononciation la plus élémentaire (l pour "elle") ni à utiliser des chiffres (mat1 pour "matin" ou 2 au lieu de "d’eux"). Plus subtil : le 9 symbolisait en latin médiéval la syllabe cum (avec) car, graphiquement, le c suivi d’un m ressemblait à ce chiffre. De là "9me" pour "comme" ou "9ris" pour commentatoris.
Et c’est logique. Imaginez que vous ayez à reproduire un long texte sur un matériau rare et coûteux, a fortiori dans un monastère humide et mal chauffé (la CGT était assez mal implantée dans les abbayes). Je vous fiche ma plume d’oie que vous chercheriez immanquablement à gagner du temps et de la place !
Conclusion ? Gabriella Parussa est formelle. Il ne faut pas voir dans nos divers raccourcis et émojis contemporains une quelconque déformation de la langue, mais un code inventif qui n’est au fond rien d’autre qu’un retour à la tradition médiévale. Car je n'irais pas jusqu'à dire que les moines copistes écrivaient des textos, mais c'est tout 9.
L'amoureux du français et des langues de France prend sa retraite et vous dit au revoir, adishatz, kenavo, agur ! Il continue toutefois son infolettre "Sur le bout des langues".