Le gouvernement distribue les chèques avant de rendre sa copie budgétaire à Bruxelles
Une fois de plus, l'attention politique et médiatique se focalisera sur les prévisions de déficit public avec une question en tête: la France tiendra-t-elle sa promesse de repasser sous la barre des 3% du PIB en 2017? Le sujet est d'autant plus délicat que Paris a déjà bénéficié de trois reports de la part de l'Union européenne et que François Hollande a promis un retour à l'équilibre avant la fin de son quinquennat.
Jusqu'à présent, Bercy jure de tenir cette promesse présidentielle, tablant toujours sur un déficit public (Etat, protection sociale et collectivités locales) de 3,3% en 2016 et de 2,7% en 2017. Théoriquement, la tâche devrait s'avérer moins ardue que prévu pour cette année, le pays ayant déjà ramené en 2015 son déficit à 3,5% du PIB, contre les 3,8% anticipés. Mais l'équation pourrait encore se compliquer tant le gouvernement a multiplié les distributions de chèques depuis le début de l'année pour calmer les tensions sociales qui surgissent de toutes parts.
"L'année écoulée aura été marquée par le respect de nos objectifs de réduction des déficits" #MichelSapin #PSTAB2016 pic.twitter.com/kLSTj4VerQ
— Ministère Finances (@Min_Finances) 13 avril 2016
Etudiants, policiers, militaires, fonctionnaires, agriculteurs, chômeurs...
Rien que cette semaine, le premier ministre Manuel Valls a dégagé en catastrophe une enveloppe d'un demi-milliard d'euros pour tenter d'apaiser la fronde étudiante et lycéenne. Revalorisation et prolongation des bourses (130 millions d'euros par an), augmentation des minima salariaux légaux des jeunes de 16 à 20 ans (80 millions d'euros par an), droit universel à la garantie locative (100 millions d'euros par an)... Autant de dépenses reconductibles d'une année sur l'autre et à la seule charge de l'Etat.
Cette annonce fait suite à d'autres mesures généreuses mais néanmoins coûteuses pour le budget de la nation. Toujours cette semaine, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a dégagé une enveloppe de 650 millions d'euros afin d’améliorer d'ici à 2020 les carrières des policiers et des gendarmes épuisés par la menace terroriste et dont une partie avait bruyamment manifesté son mécontentement. Il faudra également continuer à financer l'annulation des 10.000 suppressions de postes prévues dans les armées ainsi que les 800 postes créés au cours des trois prochaines années pour faire face à la menace terroriste.
Avant cela, le gouvernement avait validé une revalorisation de 1,2% du point d'indice des fonctionnaires (gelé depuis 6 ans) pour un coût de 2,4 milliards d'euros en année pleine. En février, la baisse des cotisations promises aux agriculteurs en crise était estimée à un effort de 500 millions d'euros. Début janvier, le plan d'urgence pour l'emploi annoncé par François Hollande était estimé à deux milliards d'euros.
Jusqu'à 4 milliards de nouvelles dépenses à compenser
Pour l'heure, Bercy estime ces nouvelles dépenses à près de 4 milliards d'euros qu'il va falloir financer dès cette année. "C'est dans l'ordre de grandeur. Mais c'est aussi ce que nous avons connu l'an dernier, et nous l'avons absorbé en cours de gestion", a-voulu dédramatiser le secrétaire d'Etat Christian Eckert sur BFM Business. En clair, l'exécutif va devoir trouver de nouvelles économies pour financer ses promesses sans recourir à de nouvelles taxes.
Pour éviter un dérapage des comptes, le ministère mise notamment sur des redéploiements de crédits et des économies de facto sur la charge de la dette, revue à la baisse en raison des faibles taux d'intérêt. Mais ces gains pourraient être partiellement voire totalement annulés par une inflation proche de zéro pour cette année ce qui pèsera sur les rentrées de TVA. A en croire Les Echos, cette inflation quasi-nulle va obliger le gouvernement, pour tenir ses engagements budgétaires, à réaliser des économies supplémentaires de l'ordre de 3,8 milliards d'euros en 2016.
Des bonnes nouvelles sont en revanche espérées du côté des rentrées fiscales, notamment grâce à une nouvelle session de régularisation d'évadés fiscaux. Autre motif de confiance, la croissance devrait atteindre 1,6% en France dès cette année selon les estimations publiées mardi par l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Un chiffre légèrement plus optimiste que les prévisions du gouvernement, qui a bâti son budget sur 1,5% de croissance en 2016. Encourageant mais pas de quoi parier sur une cagnotte budgétaire d'ici à la fin de l'année...
"Le 1,5% de croissance est atteignable : c'est l'ancre sur laquelle nous avons fondé notre politique budgétaire", #MichelSapin #PSTAB2016
— Ministère Finances (@Min_Finances) 13 avril 2016
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