Jacquet (ex-ASM) voudrait «jouer une année supplémentaire»
Samedi, face à Agen, Castres était mené 0-16 et, à 14 contre 15, vous gagnez avec le bonus offensif (39-23). Qu’est-ce que vous retenez de ce match ?
« Il faut que ça nous serve. Cela fait deux matchs où l’on prend des cartons rouges beaucoup trop tôt et trop facilement. On a réussi à faire un exploit à Lyon. Là, c’est passé. Mais, contre une équipe de milieu ou de haut de tableau, ça ne passe pas. Sans leur faire injure ni leur manquer de respect, Agen est bien plus faible que les autres équipes du Top 14. Il ne faut pas s’amuser à refaire des débuts de match comme cela. Je retiens que la force de caractère du groupe est présente. On avait à cœur de gagner ce match à la maison. Un, parce qu’on n’a pas gagné beaucoup et, deux, parce qu’on est dans une mission maintien qui ne nous permet pas de laisser des points en route. »
Aujourd’hui, quelles sont vos sensations après avoir été victime du Covid en octobre ?
« J’en suis sorti affaibli, mais avec le travail tout revient. Je me suis replongé à fond dans les entraînements. J’ai repris plaisir à travailler dur. Je n’ai pas cherché à savoir si cela avait affecté mon physique ou mes performances. J’ai eu aussi la chance de pas mal jouer, ça aide pour avoir du rythme. Aujourd’hui, le goût est quasiment entièrement revenu. L’odorat, ça recommence, mais c’est très long. C’est pénible mentalement, mais ce n’est pas contraignant physiquement, comme les maux de tête ou la fatigue qui peuvent pénaliser dans le rugby. »
Qu’est-ce que vous pensez de la suspension temporaire des coupes d’Europe annoncée ce lundi ?
« C’est une bonne chose. Après, je peux comprendre que pour les clubs qui jouent à fond la Champions Cup ça peut être injuste. Deux clubs, Bayonne et Pau, ont été bien affectés par la souche anglaise. Il ne faut pas la ramener en France, même si l’intérêt sportif est là. Il faut savoir se protéger de cela, d’autant plus qu’on sait qu’elle est plus virulente. Ce serait bête que cela arrive par l’intermédiaire du rugby. Et puis, comme cela, la Ligue (Ligue Nationale de Rugby, ndlr) va pouvoir rattraper des matchs ou avancer des journées, ce n’est pas plus mal. »
— Champions Cup France (@ChampionsCup_FR) January 11, 2021
Avez-vous compris l’élimination de Castres du Challenge européen, l’an passé, à cause du Covid, sans même avoir pu défendre vos chances sur le terrain ?
« On a trouvé ça injuste et triste de se faire éliminer sur tapis vert, lors d’un match couperet de phase finale. Après, ce sont des choses que l’on ne maîtrise pas. On a ruminé cela quelques jours et on est passé à autre chose… »
Cette saison, vous avez deux défaites en deux matchs en Coupe d’Europe, est-ce que vous mettez cette compétition au second plan ?
« Beaucoup diront que ce n’était pas un objectif prioritaire du club, comme peut l’être le maintien. Ce n’était pas une priorité en termes de résultats. Mais, pour l’effectif, il ne s’agit pas d’une bonne chose. C’est dommage, car cela donnait l’opportunité à des joueurs de se montrer, d’avoir du temps de jeu et de prendre du plaisir sur le terrain. »
« Jouer à Pierre-Fabre avec tout notre public, ça a toujours été une force. Là, le fait de ne plus sentir leur ferveur et leur pression derrière nous, je pense que ça nous a vraiment impacté. »
Vous occupez actuellement la 10e place du Top 14, quel bilan faites-vous de cette première partie de saison ?
« C’est une saison atypique. Le Covid y joue pour beaucoup. On est un grand club dans une petite ville et ici, forcément, il y a un engouement énorme autour du rugby. Jouer à Pierre-Fabre avec tout notre public, ça a toujours été une force. Là, le fait de ne plus sentir leur ferveur et leur pression derrière nous, je pense que ça nous a vraiment impacté. On a perdu pas mal de matchs à la maison, souvent de quelques points, comme face à Brive ou à Bordeaux. Si on avait eu le public, je pense qu’on ne les aurait pas perdus. C’est le cas aussi pour d’autres équipes puisqu’on a réussi à gagner plusieurs fois à l’extérieur, notamment à Lyon. Ces réceptions sans public sont “dangereuses”, parfois ce n’est pas plus mal de jouer à l’extérieur. »
Quel est l’adversaire qui vous fait la plus grosse impression ?
« Face à La Rochelle on en a pris 60 (62-3, ndlr), mais on sortait du Covid, avec beaucoup de joueurs à plat. C’était très compliqué ce jour-là. Il y a Toulouse, La Rochelle… Mais, pour moi, le plus costaud c’est le Racing. D’ailleurs, s’ils gagnent leurs matchs en retard, ils seront premiers au classement. »
À Castres, qu’est-ce qu’a changé la nomination de Pierre-Henry Broncan comme entraîneur principal, lui qui entraînait les avants jusqu’ici ?
« Pour nous, devant, pas grand chose. Il a pris les choses en main sur l’organisation des entraînements. Il a un style plus anglo-saxon dans l’organisation et l’approche des matchs. David Darricarrère est aussi arrivé pour insuffler des choses nouvelles aux joueurs. Pour les trois-quarts ça a été un petit électrochoc. Cela leur a fait du bien, sans vouloir porter ombrage à Stéphane Prosper (ex entraîneur des trois-quarts, ndlr) que j’aime bien et qui est quelqu’un d’adorable. On les sent un peu plus libérés à l’entraînement mais, en match, c’est compliqué à savoir car ils prennent des rouges à chaque fois (rires). On n’a pas encore fait un match avec eux au complet. Après le changement d’entraîneur, on a pris neuf points en deux matchs, dans des positions peu favorables, à 14 contre 15. En termes de confiance c’est top.
En fin de contrat en juin
Comment envisagez-vous l’avenir, alors que vous arrivez en fin de contrat en juin ?
« J’attends de savoir si le club va me reproposer quelque chose. Pour l’instant, il n’y a rien de décidé. Dans l’idéal, j’aimerais refaire une année supplémentaire. Certainement ma dernière, car je vais avoir 36 ans au mois de mars. Physiquement, je pense encore pouvoir être très compétitif pendant une année. »
Est-ce que vous avez déjà réfléchi à votre reconversion ?
« J’ai bien quelques idées mais je veux profiter à fond de chaque moment de ma carrière de joueur sans mélanger les choses. Autour de moi, j’ai l’expérience de joueurs qui font les deux et je sais que c’est polluant, même quand on est fort dans sa tête. Quand le rugby se tournera, une page se tournera et je passerai à autre chose sans regret, avec l’envie de faire un autre métier. »
Propos recueillis par Philippe Roch