Saviez-vous que l'on peut se laver avec du savon fabriqué en Corrèze ?
Se savonner. Voilà un geste que tout le monde fait, le plus souvent, avec des produits achetés en grandes surfaces, sans vraiment savoir ou comprendre ce qu'ils contiennent.
En Corrèze, une petite dizaine de savonneries est installée. Le constat a été le même pour tous les savonniers : ils voulaient savoir ce qu'ils mettent sur leur peau. Aujourd'hui, toutes ou presque jouent la transparence sur leurs sites en marquant les composants de leurs produits ; idem sur les étiquettes, avec parfois la "traduction" de ce dont il s'agit.
Composition des produitsLa composition du produit est une obligation. "Il y a deux écoles pour la nomenclature INCI (International nomenclature of cosmectic ingredients), explique Emilie Diacono, de la Savonnerie des Monédières, à Meyrignac-L'Eglise. On a ceux qui marquent le résultat chimique, et ceux qui préfèrent mettre la recette, ce qu'il y a dans le savon." Elle a opté pour la deuxième option, ajoutant même ce que cela signifie, histoire d'être compris par le plus grand nombre. Sur l'étiquette de ses savons, Emilie Diacono écrit en français les composants du produit.
Au lieu d'acheter des produits fabriqués au bout du monde, une alternative existe : les savons solides fabriqués en Corrèze ! On trouve une dizaine de savonneries aux quatre coins du département. Elles ont chacune leurs spécialités, ce qui permet de trouver le savon qui convient à chaque type de peau.
Des savons aux épicesEmilie Diacono, de la Savonnerie des Monédières, à Meyrignac-L'Eglise, a opté pour des savons colorés avec de l'argile et parfumés grâce à des plantes et épices. Un choix réfléchi, mais surtout en concordance avec son mode de vie.
"Quand je cherchais des savons sans huiles essentielles, j'avais du mal à en trouver, alors je me suis lancée pour en faire."
Elle a suivi une formation de savonnière à l'Université européenne des saveurs et des senteurs (UESS) à Forcalquier, dans les Alpes-de-Haute-Provence, et s'est lancée en solo.
Elle a démarré avec la commercialisation de six savons et en propose aujourd'hui onze : " Aucun n'est pareil, que ce soit au niveau de la coupe, ou alors parfois il y a des rivières de glycérine".
Avec ou sans huiles essentiellesL'utilisation ou non des huiles essentielles varie en fonction des savonneries. Certains sont totalement contre, car interdites ou limitées pour les femmes enceintes, allaitantes, les enfants en bas âge, personnes allergiques... ; d'autres les utilisent sans problème.
C'est le cas de Clélia, qui en utilise dans quatre des cinq savons commercialisés. " Les gens sont attachés à l'odeur des choses ", explique David Farges, le créateur. On retrouve donc des savons au pin sylvestre, geranium rosat, litsée citronnée et lavandin.
Les savons de Clélia sont disponibles en deux formats, avec des huiles essentielles pour quatre produits sur les cinq commercialisés.
Mylène Morel, de Graine de peau à Sainte-Fortunade, propose elle aussi une gamme avec et sans huiles essentielles. Dans le savon d'Orient, "on retrouve de l'huile d'agrumes", indique l'ancienne ingérieure agronome qui a tout quitté pour se lancer dans l'aventure des savons et autres cosmétiques, comme des déodorants.
Se laver avec du lait de chèvre ou d'ânesseValérie Marin a été séduite par le concept de la Savonnerie des Monédières. Après s'être formée à ses côtés, elle a créé La Fabrique du Bois Vignaud à Sainte-Fortunade.
Valérie Marin propose des savons, mais également des sticks détachants et de la lessive.
" J'ai découvert les savons par hasard, raconte-t-elle. J'aimais les huiles et fabriquer des produits, alors j'ai testé des savons, des parfums, des colorants...", raconte celle qui travaille au Conseil départemental à mi-temps pour les financements participatifs.
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Parmi ses savons, Valérie Marin en propose un, Le cabri, au lait de chèvre, qui convient totalement aux personnes ayant la peau déséchée.
Du côté de Clélia, une activité annexe des Cabanes au bord du monde, à Grandsaigne, on utilise du lait d'ânesse, tout comme au Domaine de Tamara, à Saint-Bazile-de-Meyssac. Ce lait a des vertus régénérantes, restructurantes, adoucissantes et nourrissantes qui ravissent les clients.
Comment sont fabriqués les savons ?Tous les savons sont différents, mais les savonneries utilisent le même procédé : la saponification à froid (SAF), "la plus vieille façon de faire du savon", souligne David Farges. Mais la SAF, c'est quoi ? Il s’agit d’une réaction chimique entre un corps gras (huiles, que ce soit d'olive, de tournesol, de coco...) et une base (de la soude) qui donne comme résultat deux éléments : la glycérine et le savon. Les savonniers ajoutent ensuite ce qu'ils souhaitent, comme de l'argile, des plantes, des huiles essentielles... Puis font sécher les savons 24 heures, les démoulent et coupent, puis les laissent de nouveau sécher entre quatre et six semaines avant de les vendre. Tous les savons corréziens sont faits à la main.
Des savons 100 % végansChez M-Bohème, les produits sont végans. "J'ai choisi de travailler avec des produits bio et végétaux pour avoir une gamme saine et sans cruauté, précise Mélany Terreau, auparavant auxiliaire vétérinaire. C'est mon mode de vie, ça me correspond."
Parmi les quatre savons commercialisés, un comporte des huiles essentielles d'orange douce. Pour le reste, on ne retrouve que des produits issus de l'agriculture biologique. "C'est important pour moi."
Voir cette publication sur Instagram Quid des matières premières ?Si les savons sont tous fabriqués en Corrèze, ils ne sont pas pour autant 100 % corrézien. Et pour cause : difficile, voire impossible de trouver certains produits dans le département. Pour les huiles de coco, beurre de karité ou encore les argiles, il faut aller chercher plus loin. "Mes matières premières ne sont pas corréziennes, reconnaît Mélany Terreau. J'essaie d'en trouver près de la maison, mais ce n'est pas facile." A l'inverse, certains produits sont trouvables. "L'huile de tournesol notamment. Mais également les myrtilles, les orties", explique Emilie Diacono. "La cire bio, le miel et le fiel viennent d'ici", ajoute Valérie Marin. "Notre lait d'ânesse, on le prend à Meymac et en Haute-Vienne", assure David Farges. Quand les produits ne viennent pas de Corrèze, tous les savonniers essaient au maximum d'utiliser des produits bio. Si les produits ne sont pas fabriqués en Corrèze, ils sont majoritairement bio.
La liste des savonniers qui parlent dans cet article est non-exhaustive.
Maryne Le Goff Photos Delphine Simonneau

