Drôles, improbables ou gênants, ces gentilés de Haute-Loire qui peuvent vous faire perdre votre latin
Le problème avec la règle des gentilés, c’est justement qu’il n’y en a pas ! L’ajout du suffixe « -ois » ou « -iens » au nom de la commune vous aidera bien sûr à résoudre bien des énigmes pour nommer l’habitant de tel ou tel « patelin », mais cela est loin d’être valable pour toutes les communes. En Haute-Loire, quand la toponomie (nom des lieux) ne joue pas sur les mots, ce sont les gentilés, ou les ethnonymes comme on les appelle, qui s’amusent. Pour le meilleur comme le pire, découvrez le génie des « gentilés » de Haute-Loire.
1- Les plus drôlesL’histoire ne dit pas si à Borne les habitants sont plus têtus qu’ailleurs mais c’est bien là que résident les Bornais. À Saint-Julien-du-Pinet, aux portes de l’Yssingelais, les sucs alentours ont visiblement inspiré un nom poétique puisque les habitants sont les Julipinois. Pour les amateurs de scrabble, la commune de Saint-Pierre-du-Champ est une bénédiction avec ses Campopedrociliennes et Campopedrociliens. Ailleurs, et parfois à plus de 1.000 mètres d’altitude, le nom des habitants prend un accent chantant du sud, comme chez les Farrou (Lafarre), les Jaxous (Jax) ou les Saint-Palous (Saint-Pal-de-Chalencon). Les San-Roumis vivent quant à eux à Saint-Romain-Lachalm.
2- Les plus improbablesEux aussi peuvent être parfois drôles mais sont toujours déroutants. Sans lien apparent avec le nom de la commune en question, ces gentilés s’amusent avec les lettres à brouiller les pistes. Pour tromper leur monde sans doute. Imaginez qu’à Pébrac, les habitants sont dénommés les Pipéraçois. À Collat, en grimpant de Brioude à La Chaise-Dieu, vous rencontrerez les Collafoises et Collafois tandis qu’à Fay-sur-Lignon, ce sera les Faynoises et Faynois. Plus improbable, les Saint-Priestois sont les personnes qui vivent à Saint-Préjet-d’Allier. Et que dire des Morganais, habitants de Montregard…
3- Les plus élégantsBien sûr, comme pour les goûts et les couleurs, le bon ton des gentilés se discute. Avouez pourtant que Bellimontais sonne plutôt bien pour les habitants de Bellevue-la-Montagne. À Saint-Just-Malmont, les Saint-Justaires affichent presque un côté chevaleresque quand les Ancelois (Saint-Julien-d’Ance) ou les Béaliens (Beaux) prennent des allures de nobles. Nos coups cœur à la rédaction de L’Éveil de la Haute-Loire vont aux Désidériens ou Désidériennes de Saint-Didier-en-Velay ainsi qu’aux Vézédoniens et Vézédoniennes de Vézézoux. Sans oublier les Cellens et Cellennes de Céaux-d’Allègre, aux douces sonorités.
4- Les similairesAussi inventifs -pour ne pas dire tordus- soient-ils, les gentilés ont parfois leurs limites. Ainsi, plusieurs communes de Haute-Loire ont des habitants qui portent le même nom. Le cas le plus déroutant se trouve sur le bassin ponot où les résidents de Vals-près-le-Puy et Saint-Vidal partagent l’appellation de Valladiers. Plus logique, cette similarité se retrouve aussi chez les Solignacois de Solignac-sur-Loire et Solignac-sous-Roche. Même cas de figure pour les Lavoûtois qui vivent sur les bords de la Loire (Lavoûte-sur-Loire) ou de l’Allier (Lavoûte-Chilhac). Les Stéphanois sont évidemment les habitants de Saint-Étienne, capitale voisine du Forez, mais aussi de Saint-Étienne-Lardeyrol où l’équipe locale de football n’a pourtant pas opté pour le maillot vert. Enfin, Monistrol-sur-Loire et d’Allier partagent le même gentilé de Monistroliens. Plus vicieux est l’exemple des Saint-Palous de Saint-Pal-de-Chalencon et San-Palous de Saint-Pal-de-Mons. Heureusement, les deux communes ne sont pas des voisines directes.
Les Valladiers, habitent Vals mais aussi Saint-Vidal5- Les distinctsSur une carte de Haute-Loire, la toponymie s’est amusée à semer des communes avec le même nom. Les Saint-Didier, Saint-Pierre ou Saint-Étienne sont ici légion. Alors les gentilés se sont adaptés. Les Saint-Georgeois vivent à Saint-Georges-Lagricol quand les Auracois sont les habitants de Saint-Georges d’Aurac. La confusion est aussi évitée entre les Désidériens (Saint-Didier-en-Velay) et Saindiérois (Saint-Didier-sur-Doulon). Pour Saint-Didier-d’Allier, qui a uni son destin avec Saint-Privat depuis fin 2017, le problème est là différent : le terme de Privatois prévaut. Même les Saint-Julien de Haute-Loire parviennent à s’en sortir haut la main et avec originalité : Capitoliens (Saint-Julien-Chapteuil), Julipinois, (Saint-Julien-du-Pinet), Ancelois (Saint-Julien d’Ance) et Chazots (Saint-Julien-des-Chazes). Les Chapelous vivent à La Chapelle-d’Aurec quand les Chapellons habitent, eux, à la Chapelle-Geneste.
6- Au choixDans ce capharnaüm de noms, d’autres communes de Haute-Loire tirent leur épingle du jeu en proposant plusieurs choix. À Lavaudieu, vous pouvez opter pour Lavadéens ou Valdéens, le premier étant le plus utilisé. À Saint-Privat-d’Allier, les habitants sont les Privatois ou les Privadois. « Les deux sont acceptés, en même temps il n’y a pas vraiment de règle… ».
Christophe Darne