Immobilier en Chine : la chute de Xu Jiayin, le "self made man" d’Evergrande
La Chine assiste à la chute de deux géants : celle l’empire immobilier Evergrande, et celle de son patron, longtemps considéré comme la plus grosse fortune de Chine et actuellement assigné à résidence. Xu Jiayin, le fondateur du monstre immobilier en pleine décadence Evergrande, aurait été selon des sources anonymes de l’agence de presse Bloomberg, placé en résidence surveillée et privé de passeport depuis le début du mois de septembre.
Après cette annonce le mercredi 27 septembre, le titre Evergrande a encore perdu près de 19 % à la Bourse de Hongkong, avant que l’action ne soit entièrement suspendue jeudi matin. Un scénario boursier cauchemardesque qui s’était déjà déroulé en 2021, lorsque l’entreprise, étranglée par les dettes, avait dû suspendre ses opérations sur le marché de Hongkong après avoir perdu 80 % du cours de ses actions. Ces nouvelles s’ajoutent à la crise qui frappe déjà le plus grand promoteur chinois, à l’endentement astronomique. Elles interviennent après qu’une filiale d’Evergrande a annoncé lundi être incapable de rembourser des intérêts sur un emprunt, avant d’annuler sans préavis une réunion sur la restructuration de sa dette, au grand dam de ses bailleurs et accentuant le flou autour de son avenir.
Self-made-man et fidèle serviteur du parti
Xu Jiayin -Hui Ka Yan en cantonais- est le fils d’une famille pauvre de bûcherons, né dans la province centrale de Henan en pleine famine du "Grand Bon en avant", qui fit entre 30 et 50 millions de morts entre 1959 et 1961. Elevé par ses grands-parents sous un toit de paille, il est admis à l’Institut du fer et de l’acier de Wuhan en 1978, avant de travailler une dizaine d’années dans une aciérie qu’il finira pour diriger.
Il tente alors sa chance comme entrepreneur dans la Chine des réformes économiques de Deng Xiaoping, et créé en 1996 l’entreprise "Hengda" (Grand pour toujours, soit Evergrande en anglais) dans la ville de Guangzhou (Canton en Français) au sud-est de la Chine. D’abord connu comme un promoteur immobilier -l’entreprise dit posséder aujourd’hui plus de 1 300 projets dans 280 villes —, Evergrande avait depuis longtemps dépassé ce secteur, pour former un véritable empire et s’étendre aux centres commerciaux et parcs de loisir, l’eau minérale, les assurances et la santé, les panneaux solaires, l’élevage de porcs, ou encore le football.
Membre du Parti communiste chinois depuis plus de trois décennies, son créateur milliardaire de 64 ans avait investi une partie de sa fortune dans des domaines approuvés par les plus hauts dirigeants tels que la médecine traditionnelle chinoise ou les véhicules électriques, se rêvant d’être à l’origine du futur "Tesla chinois". Il s’était également révélé être un généreux philanthrope.
Cette réussite et cette fidélité au PCC lui avaient valu sa place parmi les plus puissants du pays. En 2021, alors que le président chinois Xi Jinping marquait le centenaire du Parti communiste dans un discours proclamant l’essor imparable de son pays, il faisait partie des invités triés sur le volet pour assister aux festivités, place Tiananmen. Il est aussi connu pour sa proximité avec ses égaux hongkongais, le magnat Joseph Lau, patron de Chinese Estates Holdings, les dirigeants de CC Land Holdings, du conglomérat Emperor Group, ou encore du fonds d’investissement China Strategic Group, avec qui il partage des parties de poker.
Une fortune divisée par dix
Des finances à l’image de celle de son entreprise. Evergrande, dont la descente aux enfers fait régulièrement les gros titres, avait à la fin juin une ardoise colossale estimée à 328 milliards de dollars (307 milliards d’euros), devenant l’une des entreprises les plus endettées du monde. Les déboires du groupe, ex-numéro un de l’immobilier en Chine, alimentent depuis deux ans la défiance dans un secteur longtemps très lucratif mais désormais boudé, sur fond de ralentissement économique et de logements inachevés.
Des finances à l’image de celle de son entreprise. Evergrande, dont la descente aux enfers fait régulièrement les gros titres, avait à la fin juin une ardoise colossale estimée à 328 milliards de dollars (307 milliards d’euros), devenant l’une des entreprises les plus endettées du monde. Les déboires du groupe, ex-numéro un de l’immobilier en Chine, alimentent depuis deux ans la défiance dans un secteur longtemps très lucratif mais désormais boudé, sur fond de ralentissement économique et de logements inachevés.
Autre facteur qui explique cette dégringolade : la répression mise en place par le gouvernement chinois en 2021, afin de lutter contre l’endettement excessif et la spéculation dans le secteur immobilier après sa croissance spectaculaire ces dernières années. Une destinée que pourraient suivre d’autres magnats de l’immobilier comme la milliardaire Yang Huiyan et son groupe Country Garden, dont la fortune a elle aussi commencé à fondre sous l’effet des difficultés de son groupe.

