"Airpocalypse" en Inde : New Delhi au bord de l’asphyxie
La capitale indienne New Delhi est de nouveau frappée par un épisode de très forte pollution, matérialisé par un brouillard jaunâtre et toxique. Conséquence, toutes les écoles ont été fermées à partir de ce vendredi 3 novembre.
Selon la société suisse de surveillance de la qualité de l’air, IQAir, le niveau de particules PM 2,5, les plus dangereuses, est plus de 18 fois supérieur au niveau maximum fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le brouillard toxique, alimenté par les brûlis agricoles, les émissions industrielles et du transport routier, stagne dans la mégapole de 30 millions d’habitants.
Le ministre en chef de Delhi, Arvind Kejriwal, a annoncé tard dans la soirée de jeudi que toutes les écoles primaires seraient fermées dans la capitale pendant au moins deux jours. "À la lumière des niveaux de pollution en hausse, toutes les écoles primaires publiques et privées de Delhi resteront fermées pendant les deux prochains jours", a annoncé le ministre sur X (ex-Twitter).
Des brûlis agricoles
Delhi, l’une des plus grandes zones urbaines de la planète, est régulièrement classée parmi les villes les plus polluées au monde. Une véritable "Airpocalypse", selon les autorités. "La pollution est une urgence", a déclaré Gopal Rai, ministre de l’Environnement de Delhi - territoire incluant la capitale et sa région, en pleine expansion.
L’hiver à Delhi, le niveau de PM 2,5 - microparticules cancérigènes qui pénètrent les poumons et le sang - est souvent largement supérieur au niveau maximum fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pourquoi la capitale était-elle particulièrement touchée chaque hiver ? Le problème culmine, autour de la fête hindoue de Diwali, qui coïncide avec les semaines où des dizaines de milliers d’agriculteurs du nord de l’Inde brûlent les chaumes des rizières. Cette pratique est l’une des principales causes de cette pollution qui étouffe Delhi chaque année et persiste malgré les efforts des autorités pour persuader les agriculteurs d’utiliser d’autres méthodes de défrichement et les menaces de mesures punitives. Les autorités de Delhi ont lancé des pulvérisations biochimiques pour accélérer la décomposition des chaumes. Mais comme nombre d’efforts pour l’environnement, les bonnes intentions se heurtent à des obstacles politiques.
Une "salle de guerre verte"
Les autorités annoncent régulièrement différents plans pour réduire la pollution, notamment en suspendant les travaux de construction, mais sans grand résultat. Pour traiter ce problème vieux de plusieurs décennies, un centre de coordination de haute technologie a été ouvert en octobre dans la capitale indienne. Là, 17 experts surveillent, sur des écrans géants, l’évolution de la pollution en temps réel grâce aux images satellites de la NASA et aux mises à jour de l’indice de qualité de l’air mesuré par des capteurs. Baptisée "Green War Room" ou "salle de guerre verte", le centre est une plateforme de coordination reliée à 28 agences gouvernementales. "La Green War Room, si elle est employée correctement, sera efficace pour supprimer la pollution pendant un certain temps", estime auprès de l’AFP Sunil Dahiya, analyste au Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur. "Mais ce n’est pas la solution pour réduire les émissions", souligne-t-il, "quand il s’agit de respirer un air pur, il faut réduire les niveaux de pollution, des changements autrement drastiques et systématiques sont nécessaires."
Une étude de The Lancet, revue médicale britannique, parue en 2020, imputait 1,67 million de décès, un an plus tôt, à la pollution de l’air en Inde, dont près de 17 500 dans la capitale. La pollution réduit l’espérance de vie d’un habitant de Delhi de 11,9 ans en moyenne et de cinq ans pour les Indiens en général, selon un rapport publié en août par l’Energy Policy Institute de l’Université de Chicago. La pollution de l’air est "l’un des plus grands risques environnementaux pour la santé", prévient l’OMS. Elle provoque des accidents vasculaires cérébraux, des maladies cardiaques et respiratoires ainsi que des cancers du poumon.
L’OMS souligne que "de nombreux facteurs de pollution atmosphérique sont également des sources d’émissions de gaz à effet de serre" et que les politiques visant à réduire la pollution atmosphérique "offrent une stratégie gagnant-gagnant tant pour le climat que pour la santé". L’Inde reste fortement dépendante du charbon pour sa production d’énergie. Le pays a vu ses émissions par habitant augmenter de 29 % ces sept dernières années et rechigne à appliquer des politiques afin d’éliminer progressivement les combustibles fossiles polluants.