Climat : ce que prévoit la "stratégie nationale biodiversité" dévoilée par Borne
Elle était attendue depuis près de deux ans. La troisième "stratégie nationale biodiversité" (SNB) a été présentée dans sa version finale ce lundi 27 novembre par Elisabeth Borne. Avec un mot d’ordre : "la radicalité des résultats sans la brutalité des mesures". La Première ministre a notamment tenu à mettre en avant la "menace existentielle" qui pèse sur nos sociétés.
Face à "l’effondrement de la biodiversité […] si fort, si rapide, si généralisé" qui fait craindre, selon elle, "une sixième extinction", "nous devons l’endiguer rapidement et inverser la tendance fortement", a déclaré la cheffe du gouvernement en présentant les 40 mesures destinées à sauvegarder la nature et "stopper l’effondrement du vivant" d’ici à 2030.
Alors que ce troisième texte promet de poursuivre les objectifs des deux premiers qui n’ont pas été atteints, Elisabeth Borne a confié la charge à Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, et Sarah El Haïry, secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité, d’en préciser les contours.
1 milliard d’euros pour la protection de la nature en 2024
Cette stratégie se veut la déclinaison française de l’accord de Kunming-Montréal. Adopté en décembre 2022 par la communauté internationale à la COP15 Biodiversité, il prévoit entre autres la protection effective de 30 % des terres et des mers, la restauration de 30 % des écosystèmes dégradés, ainsi que la réduction de moitié des pesticides.
"C’est un plan, très opérationnel et concret, de 200 actions avec des indicateurs de suivi et d’évaluation, ce ne sont pas juste des grandes paroles", a assuré la secrétaire d’Etat Sarah El Haïry, dans un entretien avec l’AFP.
La Première ministre a de son côté confirmé qu’un milliard d’euros allait être consacré à la protection de la nature et de l’eau en 2024, en hausse de 250 millions d’euros. "Il s’agit d’une première étape, pour des besoins complémentaires estimés à 450 millions d’euros en 2027", a précisé le cabinet de Sarah El Haïry.
50 000 kilomètres de haies et 1 milliard d’arbres en plus
La secrétaire d’Etat chargé de la Biodiversité a décliné les priorités du gouvernement en plusieurs axes, parmi lesquels : "Stopper et inverser l’effondrement du vivant, par exemple avec des aires protégées, restaurer la nature, avec un milliard d’arbres plantés, 50 000 kilomètres de haies en plus ou encore des îlots de fraîcheur dans les écoles, mobiliser tous les acteurs, dont le monde de l’entreprise car aujourd’hui la biodiversité est l’angle mort du monde économique."
Des avancées sur "la restauration des prairies qui stockent énormément de carbone", les "écosystèmes libérés par la fonte des glaciers" ou encore "la pollution sonore sous-marine", ont notamment été abordées. En outre, l’exécutif a confirmé vouloir placer, d’ici à 2030, 10 % du territoire national en "protection forte", contre 4,2 % en 2023.
Promis pour cet automne, le nom de l’emplacement du futur "parc national des zones humides" sera finalement connu "au printemps", a indiqué Sarah El Haïry. Et d’évoquer la création de Tracnat, un service qui serait le pendant de Tracfin, dans l’objectif de lutter contre le commerce illégal de ressources naturelles.
Une stratégie "partielle et perfectible"
Un projet de SNB avait été présenté en juillet dernier, le jour de l’entrée en fonction de Sarah El Haïry, et avait été soumis à quatre instances – le Conseil national de la biodiversité, le Conseil national de la mer et des littoraux, le Conseil national de la protection de la nature et le Conseil national de l’eau – qui ont depuis rendu leurs avis.
En octobre, le Comité national de la biodiversité, qui réunit 150 membres, scientifiques, collectivités ou ONG, a fustigé le projet, évoquant une ambition "partielle et perfectible". Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France, avait de son côté regretté l’absence de révision de la politique agricole commune (PAC) qui "représente toujours 63 % des subventions dommageables à la biodiversité en France, soit 6,5 milliards d’euros par an".
"L’objectif est de supprimer progressivement ces subventions néfastes", s’est défendue Sarah El Haïry à l’AFP, annonçant qu’une "mission" allait être lancée "avec les ministères de l’Economie et de l’Agriculture" afin de "réorienter" ces subventions "pour accompagner la transition écologique".

