"The Studio" : la série d'Apple TV qui ausculte les travers d’Hollywood
"Ce studio a été construit pour être un temple du cinéma, mais j’ai l’impression qu’il est plutôt devenu une tombe", se désespère Matt Remick, producteur au bord de la crise d’apoplexie. Fraîchement nommé à la tête de Continental Studios, une maison de production à la dérive, le personnage incarné par Seth Rogen – aussi créateur de la série aux côtés d’Evan Goldberg et de Peter Huyck – doit naviguer dans les eaux tumultueuses de Los Angeles. L’intrigue est cousue de fil blanc : le job dont il a toujours rêvé va devenir son pire cauchemar. Patron exécrable, stars mégalos, industrie en perte de vitesse… Les éléments se liguent contre ce cinéphile qui ose avoir fait de sa passion sa profession.
Comédie efficace, The Studio dévoile une satire intelligente du monde du cinéma. Accompagnée par un casting savoureux – mention spéciale à Kathryn Hahn, hilarante en communicante surexcitée, hélas trop peu utilisée –, elle dégaine les invités cinq étoiles, qui jouent souvent leur propre rôle. Martin Scorsese sanglote dans un épisode, victime de la cruauté des studios. Ron Howard, réputé pour sa gentillesse, explose de rage. Olivia Wilde s’y caricature aussi, plus tyrannique que jamais. Seth Rogen s’y présente dans un rôle à contre-emploi, loin des comédies adolescentes de ses débuts (SuperGrave, En cloque, mode d’emploi). Oubliez le trublion obsédé par les blagues potaches et l’humour gras. Engoncé dans ses costumes 70s et ses références au Nouvel Hollywood, Remick/Rogen est perdu dans une industrie dont la légende se ternit. Très référencé – parfois trop –, chacun des épisodes plonge le spectateur dans l’angoisse de son personnage principal. On ferme les yeux, parfois, pour éviter l’embarras que suscitent certaines scènes.
La geste de Hollywood
A chaque fois, Remick et ses comparses doivent résoudre un problème : tuer un projet au marketing hasardeux, freiner un réalisateur dans ses ardeurs, garder la face dans une cérémonie de remise de prix. Si ces pitchs sont familiers, c’est normal : le cinéma américain raffole de la "métafiction", ce procédé narratif à partir duquel un film – ou une série, ou un livre – fait référence à d’autres œuvres. Des franchises entières ont été bâties sur le concept. La saga Scream, de Wes Craven, n’existe que pour rendre hommage au genre horrifique.
On ne compte plus le nombre de films construisant la légende de l’industrie : passage du muet au parlant dans Chantons sous la pluie ou Boulevard du crépuscule, récits de tournage avec Ave, César ! ou Once Upon a Time… in Hollywood, etc. Le réalisateur Damien Chazelle en a même fait l’une de ses spécialités, version comédie romantique avec La La Land, ou mélodrame grandiloquent avec Babylon. Hollywood magnifie les obstacles et les bouleversements auxquels il est confronté depuis sa création. En 2025, les symptômes sont clairs : l’effritement des grandes maisons de production, qui s’accompagne d’un goût immodéré pour les franchises et leurs produits dérivés.
La série n’est pas la première à s’aventurer dans l’exercice. L’année dernière, HBO avait tenté la même mise en abîme avec la très littérale The Franchise. Mais avec ses problèmes de rythme et ses blagues peu réjouissantes, la sitcom a eu du mal à trouver son public. N’est pas méta qui veut.