Sans milliardaires, Libération n’existerait plus depuis longtemps
Les riches seraient de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres, la fiscalité serait injuste… Lorsqu’on lit Libération, il n’y a aucun doute : une plus grande taxation des hauts patrimoines permettrait de résoudre les problèmes de pauvreté. Qu’importe le droit de propriété : ne pas les taxer davantage reviendrait à leur faire un « cadeau » puisque ce qu’ils possèdent ne leur appartient pas réellement. Pas de doute non plus sur la ligne d’inspiration marxiste : dans le système capitaliste, ce sont les propriétaires qui oppriment les plus faibles, c’est pourquoi il faut s’attaquer au système avant qu’il ne nous broie.
Pourtant, c’est grâce au système capitaliste que Libération existe encore. Fondé en 1973 par Jean-Paul Sartre et d’autres journalistes, le quotidien, dont la situation financière était particulièrement fragile au début des années 2000 (chute des recettes publicitaires, baisse des ventes, fort taux d’endettement, impossibilité de contracter de nouveaux emprunts…), a reçu 20 millions d’euros d’Édouard de Rothschild en 2005. Un montant équivalent aux pertes du journal, en déficit depuis cinq ans déjà à l’époque. Alors qu’il se voulait sans actionnaire à ses prémices, Libération n’a eu d’autre choix que de rechercher un « partenaire industriel ou financier capable d’accompagner sur le long terme le quotidien dans ses développements. » En 2022, c’était au tour du milliardaire tchèque Daniel Křetínský de voler au secours du journal, en lui versant 15 millions d’euros. Rebelote en 2023 (entre 12 et 14 millions), en 2024 (environ 15 millions) et en 2026 (17 millions), pour un montant total de plus de 60 millions d’euros, qui ne seront probablement jamais remboursés. Libération fustige régulièrement les « riches » (quand ils ne sont pas « ultra »), alors que ce sont eux qui lui permettent de ne pas subir les conséquences de sa mauvaise gestion financière. Sans milliardaires, sans subventions (6 632 130 d’euros en 2024), le quotidien n’existerait plus depuis longtemps. Serait-ce de nature à remettre en cause sa vision du monde et du capitalisme ? La dissonance cognitive est palpable.
L’article Sans milliardaires, Libération n’existerait plus depuis longtemps est apparu en premier sur Contrepoints.

