Yves Cochet, survivaliste privilégié
Par Olivier Maurice.
Vous connaissez sans doute la différence entre un bon chasseur et un mauvais chasseur (le bon chasseur, il voit un truc… il tire. Le mauvais chasseur, il voit un truc… il tire). Maintenant il va falloir que vous saisissiez la différence entre un bon plouc et un mauvais plouc.
Le mauvais plouc roule dans un Dodge Charger orange avec le numéro 1 peint sur les portières soudées, écoute du Hank William Jr en buvant de la gnole distillée dans la remise au fond du jardin, porte un gilet sans manche avec des ailes brodées dans le dos et accueille les visiteurs indésirables avec une rafale de AK47.
Le bon plouc s’achète une propriété de 7 hectares avec sa retraite d’ancien ministre pour y vivre en supposée autarcie grâce aux énergies renouvelables (bois, éolien, solaire…), aux circuits courts en s’approvisionnant auprès de ses voisins cultivateurs bios et responsables et y habite une maison à basse consommation.
Le mauvais plouc ne supporte pas qu’on lui fasse la morale. Le bon plouc fait la morale.
Le mauvais plouc survivra sans problème si la fin du monde arrive. Le bon plouc écrit depuis des années sur la fin du monde et sera le premier à disparaître dès qu’un atome de bon sens économique et moral sera réapparu dans ce pays qui vit dans une bulle d’irréalité depuis des lustres. D’ailleurs, d’après ce dernier, l’apocalypse ne devait pas tarder à arriver.
Pour l’ex-ministre de l’Environnement Yves Cochet, la fin du monde aura lieu en 2035. En fait d’atome, il est d’ailleurs plus probable que ce soit un tombereau plein à craquer de réalité qui ne s’abatte sur ce pays, donnant d’ailleurs raison à Yves Cochet et mettant fin à son monde, un monde de privilèges et de sophismes dont il aura néanmoins bien profité.
Plouc v. plouc
Parmi toutes les définitions du gauchisme, il y en a une qui correspond assez bien à Yves Cochet, celle d’être la maladie infantile du communisme. Dans ce livre qui date de 1920, Lénine y assimile le gauchisme à un excès de doctrinarisme, maladie politique étant apparue à l’aube du XIXe siècle en France et ayant alors frappé les libéraux français. Soit dit en passant, il semble bien que cette position qui consiste à subordonner les principes politiques à un ensemble de doctrines rigoureuses fasse toujours des ravages et soit loin d’être guérie.
Dans l’esprit du gauchiste, les principes passent toujours avant la réalité, la doctrine détermine toujours les actes et le raisonnement intellectuel en circuit fermé est le seul à pouvoir aboutir à définir la vérité. Le gauchiste ne jure que par la raison pure et se targue de savoir ainsi s’affranchir de toutes les erreurs que commettent les humains ordinaires, prisonniers de leurs habitudes, de leurs préjugés, de leurs croyances et de leurs sentiments. Le gauchiste est un surhomme.
C’est d’ailleurs cela qui différencie le bon plouc du mauvais plouc : le bon plouc se déguise en plouc pour suivre ses principes. Il agit de manière raisonnée et déterminée. Ces explications l’habillent d’une aura de sainteté que le mauvais plouc n’aura jamais : il minimise son empreinte carbone et est écoresponsable. Il sait ce qu’il fait et pourquoi il le fait. Le plouc ordinaire, lui, n’est pas devenu plouc par savante réflexion : on l’a juste baptisé plouc pour se moquer de lui.
La raison pure
Tout le discours d’Yves Cochet se résume en une phrase : « Nous avons anticipé qu’un effondrement systémique et global du monde puisse avoir lieu, disons, vers les années 2025-2030 » qu’il explicite élément par élément comme pour l’électricité, l’alimentation, internet, etc. « Sans pétrole : le monde actuel n’existe pas » et la pénurie approche…
Bien évidemment, le monde se retrouvera bien un jour sans pétrole, celui-ci étant en quantité finie. Une fois qu’il aura été entièrement brûlé ou transformé, il ne restera plus une goutte du précieux fossile vieux de plusieurs millions d’années.
Sauf que sa vision oublie complétement la réalité, elle est purement comptable et intellectuelle. Le monde ne fonctionne pas avec des mots. La nature ne compte pas, ne mesure pas, ne décrit pas, ne trie pas… La nature est un système, et un système ne s’effondre pas : il change d’organisation, il évolue, il s’adapte. Le monde ne fonctionne pas avec des lois édictées par les Hommes : il fonctionne de telle manière que l’Homme puisse décrire son fonctionnement en imaginant des lois, en dessinant des règles, des chiffres et des mesures.
Et il arrive tant de fois que les Hommes s’enferment eux-mêmes dans les tableaux qu’ils ont peints…
Le raisonnement d’Yves Cochet est un pur sophisme : ne pas savoir quelles solutions existeront dans le futur ne veut absolument pas dire qu’il n’y en aura aucune. Ce que nous connaissons du monde n’est qu’une image, une représentation forcément imparfaite et erronée parce qu’elle est construite uniquement avec ce que nous savons.
Un profond mépris de classe
D’ailleurs Yves Cochet lui-même en est intimement persuadé : Gaïa est un organisme vivant, non ?
Et il connait également les moyens pour minimiser le grand effondrement, ce sont ceux qu’il s’applique à lui-même : l’autonomie des individus, l’autosuffisance et la fin de la dépendance envers l’État qui de toute façon sera amené à disparaître.
En fait, Yves Cochet est libertarien. Il vit dans un monde où l’État a totalement disparu et où la société repose sur l’échange consenti, l’autoprotection et la propriété privée.
Sauf qu’Yves Cochet est libertarien pour lui-même et pas pour les autres. Pour les autres, il s’est même fait l’ennemi juré du moindre individualisme. Et la solution collectiviste qu’il préconise est à l’opposé total de ce qu’il met en œuvre pour lui-même : organiser une pénurie géante, une « politique mondiale de rationnement » avant que la vraie pénurie ne se produise, histoire sans doute d’habituer le bas peuple à survivre dans les conditions pitoyables que les politiques confiscatoires et infantilisantes auront elles-mêmes provoquées.
Fiscalité confiscatoire sur la propriété privée, régulations des libertés, politiques du logement et de l’immobilier, monopole de la sécurité et de la justice, monopoles économiques, stigmatisation des productions à grande échelle, déresponsabilisation sociale, mise hors-la-loi des pensées subversives : politiques, religieuses, familiales…
Les ploucs de base vivent dans des enclos, tous soumis au même rationnement drastique. Le plouc ministre vit dans son domaine autosuffisant.
Le jour où l’écologisme s’effondrera
Le reportage sur un docteur en mathématiques et ancien syndicaliste de l’UNEF un peu perché et somme toute assez bonhomme ne doit pas nous faire oublier que l’écologisme est le dernier avatar en date de la principale menace qui pèse sur l’humanité. Car il existe un danger, bien présent et bien plus dangereux que le réchauffement climatique, la pénurie pétrolière, la surpopulation, l’empoisonnement aux pesticides et autres OGM : la peur et la manipulation des masses sous prétexte de réchauffement climatique, de pénurie pétrolière, de surpopulation, d’empoisonnement aux pesticides et autres OGM.
Cette peur est entretenue chaque jour dans tous les médias et est même devenue récemment une cause nationale. Aucun Français n’ignore ce qu’est l’effet de serre climatique, un mécanisme physique pourtant si compliqué qu’il nécessite des modèles incroyablement compliqués, d’énormes calculateurs et des millions d’heures de modélisation pour aboutir à des résultats qui n’ont jamais été corroborés par la réalité.
Alors qu’une grande majorité des Français serait totalement incapable d’expliquer ce qu’il se passe lors de la combustion d’une bûche dans une cheminée. La panique a atteint un tel point qu’il est même devenu quasiment impossible de trouver sur Internet ou ailleurs des renseignements sur le « vrai » effet de serre, celui qui fait pousser des tomates en hiver.
Tout adepte d’un sport à risque le sait bien, il n’existe que deux façons de combattre la peur : fuir et s’enfermer dans le déni, ou l’affronter, se faire violence. La première stratégie ne fait que reculer l’échéance, ne fait que repousser à demain le jour où il faudra regarder la vérité en face et affronter sa peur, ne fait que rendre le saut plus pénible.
Ce jour (celui où la distorsion rattrapera la réalité, parce que la réalité rattrape toujours la fiction) verra alors se libérer toute la violence contenue par des années de fuite, de mensonges et d’hypocrisie. Et ce n’est pas une quelconque apocalypse climatique ou économique qui en sera la cause, mais bien « l’effondrement systémique et global » d’un mensonge planétaire et d’une manipulation à grande échelle d’une ampleur sans précédent.
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