Municipales à Paris : Griveaux KO par un coup sous la ceinture
Par Frédéric Mas.
Benjamin Griveaux s’est retiré hier de la compétition pour la mairie de Paris après la diffusion de vidéos privées à caractère sexuel amplement relayées sur les réseaux sociaux.
Déstabiliser l’homme dans sa vie privée pour compromettre sa candidature politique n’est pas sans évoquer les méthodes illibérales de certains régimes autoritaires.
Cet épisode peu glorieux de la politique française ne doit pas masquer la difficulté que Griveaux avait à s’imposer à Paris, tant son programme socialiste paraissait dangereux et irréalisable.
Cette déstabilisation personnelle du candidat macronien ne doit pas être non plus l’occasion d’étendre la censure des réseaux sociaux au nom d’une version reloaded de la moralité publique.
L’art du kompromat
#Griveaux : « Face à un tel régime médiatique et les réseaux sociaux, nous sommes débordés par la violence, rhétorique et physique, c’est clairement un danger pour la démocratie », @DominiqueReynie dans #RTLMatin avec Yves Calvi pic.twitter.com/APo32yspgi
— RTL France (@RTLFrance) February 14, 2020
C’est un artiste russe qui revendique la diffusion de la vidéo qui a déclenché le scandale Griveaux. Pour dénoncer l' »hypocrisie » des politiques, il a violé l’intimité d’un homme et en profite pour se faire valoir auprès des médias. Que dit la vie privée d’un homme sur sa capacité à gérer la ville de Paris ? Rien.
Livrer des pans de la vie intime d’un homme pour susciter les réactions morales de la foule n’est pas seulement une grave atteinte à la vie privée, qui en démocratie libérale est sacrée, mais une méthode qui n’est pas sans rappeler ce que les Russes appellent le kompromat : l’usage de vidéos ou de photos privées pour faire pression sur des hommes politiques et les manipuler.
Il est d’ailleurs assez ironique de voir un ancien opposant à Poutine utiliser des méthodes qui appartenaient aux services secrets de l’ex URSS… et de ses successeurs.
Griveaux n’avait pas besoin de ça
La vie privée est une liberté fondamentale.
La violation de la vie privée, ou la simple crainte qu’elle puisse être découverte, est une privation de liberté.#Griveaux
— Guillaume Champeau (@gchampeau) February 14, 2020
Benjamin Griveaux n’avait pas besoin de ce coup porté en dessous de la ceinture visant à atteindre l’homme, et non les idées. Son programme était suffisamment loufoque en lui-même pour ne pas avoir impliquer sa vie de famille.
Benjamin Griveaux s’était lancé dans la campagne municipale à Paris en se calquant sur l’élection présidentielle de son mentor Emmanuel Macron, jouant la carte d’un style politique dynamique rassemblé autour d’une équipe rajeunie.
Très vite, il a participé à la surenchère de promesses clientélistes pour tenter d’exister face à son frère ennemi Cédric Villani, ex-LREM et à Anne Hidalgo, toujours en tête des sondages parisiens. Sans doute épuisé par une campagne où il avait plus à perdre qu’à gagner, B. Griveaux s’est retiré, tout en réclamant aujourd’hui que les têtes tombent.
Punir les coupables, et non censurer internet
1/2 Evidemment, l’affaire #griveaux est pain béni pour ceux qui réclameront encore plus de régulation-censure-contrôle d’internet, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus parler « ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place,
— Bourdillon Yves (@yvesbourdillon) February 14, 2020
Déjà certains commentateurs réclament la censure d’internet et la levée de l’anonymat sur les réseaux sociaux afin d’endiguer le phénomène de diffusion de telles vidéos. Ce réflexe liberticide pénalisera tous les citoyens et masque le vrai problème : ceux qui ont violé la vie privée de Benjamin Griveaux doivent être punis, c’est donc à la justice, et non à la foule numérique, de trouver les coupables et les condamner.