Pas de libertés sans autorité, M. Mélenchon !
Le chef de l’alliance de gauche, la NUPES, coutumier du fait, a multiplié les déclarations contre les forces de l’ordre ces derniers jours, notamment après qu’un équipage de policiers a fait feu sur une voiture refusant de se soumettre à un contrôle à Paris.
Les faits
Samedi 4 juin, à Paris, dans le 18e arrondissement, un équipage de trois policiers en vélo remarque que l’un des passagers d’une voiture ne porte pas de ceinture de sécurité et décide d’effectuer un contrôle. Le conducteur aurait alors fait mine de couper le contact puis aurait redémarré pour prendre la fuite, faisant chuter l’un des policiers à vélo. Les policiers ouvrent le feu. La passagère à l’avant du véhicule est morte des suites de ses blessures. Les deux passagers arrière n’ont pas été touchés et ont été interpellés.
L’enquête a progressé ce mardi 7 juin. Les trois fonctionnaires, une femme et deux hommes sont ressortis libres des locaux de l’IGPN après leur garde à vue, a annoncé leur avocat, Me Laurent-Franck Liénard :
« Ils sortent libres de toute charge. L’enquête va se poursuivre sous une autre forme et ils donneront tous les éléments de réponse afin que la vérité se manifeste pleinement. Ils n’ont rien à cacher et démontreront leur respect des règles et la légitimité de leur action. »
Les trois agents n’ont donc pas été déférés devant un juge d’instruction, ce qui signifie qu’ils ne sont pas mis en examen ni poursuivis à ce stade.
La polémique
Jean-Luc Mélenchon profite du drame et déclare le samedi même :
Encore un abus de pouvoir inacceptable. La peine de mort pour un refus d'obtempérer. Le préfet approuve ? Le ministre félicite ? La honte c'est quand ? https://t.co/kKEWg4LTc1
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) June 4, 2022
Le lendemain, il enfonce le clou sur Twitter :
La police tue et le groupe factieux Alliance justifie les tirs et la mort pour "refus d'obtempérer". La honte c'est quand ?
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) June 5, 2022
Invité ce mardi 7 juin matin sur France Inter, le député sortant à Marseille a affirmé : « C’est mon devoir de le faire », et il justifie son second tweet :
« Ce que je disais ne rencontrait aucun écho. Comme ça n’a rien donné, j’ai monté le ton. Et j’obtiens ce que je veux. Des milliers de gens entendent qu’il y a un responsable politique qui n’accepte pas l’évolution de l’usage de la force de police telle qu’elle est définie par le pouvoir politique qui commande.»
Le chef des Insoumis a précisé :
« Si vous votez pour moi, je changerais la doctrine d’usage de la force de police dans notre pays et je dis que ce n’est pas normal qu’on tue quelqu’un parce qu’il refuse d’obtempérer. »
Jean-Luc Mélenchon s’est ensuite défendu d’être anti-flic :
« Je l’ai jamais été. Je suis contre un usage disproportionné de la violence. »
Les réactions publiques
Matthieu Valet, secrétaire national adjoint du syndicat indépendant des commissaires de police :
« Il y a 72 % des Français qui aiment la police, qui soutiennent la police. Et il y a cette minorité qui déteste la police, qui est plus du camp des voyous que des policiers. »
Loïc le Couplé, dont le syndicat a annoncé vouloir porter plainte mardi contre Jean-Luc Mélenchon, a dénoncé : « Nous avons été élus, et à travers nous c’est des milliers de policiers à qui il s’attaque»
Sans le nommer, Gérald Darmanin a répondu, lundi, sur twitter aux accusations de Jean-Luc Mélenchon :
Les policiers, les gendarmes méritent le respect. Ils font un travail courageux, difficile et risquent leur vie à chaque instant. Les insulter déshonore ceux qui veulent gouverner. Laissons les enquêtes se faire sans les utiliser comme des otages d’une campagne électorale.
— Gérald DARMANIN (@GDarmanin) June 6, 2022
Sur France Bleu, la Première ministre Elisabeth Borne a jugé les propos de Jean-Luc Mélenchon « très choquants » et « outranciers », rappelant que « les policiers exercent une mission difficile au service des Français ».
Bernard Cazeneuve, chef du gouvernement sous François Hollande, a twitté :
« La police nous protège. Des policiers tombent chaque année pour assurer la protection des Français. Ils méritent notre respect. Les insulter et les salir par électoralisme et par pur cynisme est irresponsable et indigne. »
Le maire de Nice, Christian Estrosi, a estimé les propos de Jean-Luc Mélenchon « inqualifiables » :
« Il faut le mettre hors d’état de nuire. S’attaquer à la police, c’est nuire à la République et à la démocratie. »
Le maire du Mans, Stéphane Le Foll, a jugé « indignes » les déclarations de « quelqu’un qui prétend vouloir gouverner la France. »
« Mélenchon persiste et signe dans l’outrance et le mépris de nos forces de l’ordre », a reproché Robin Reda, candidat macroniste dans l’Essonne.
Du côté des NUPES, c’est le silence radio. On s’interroge notamment sur la réaction de François Ruffin, député sortant de la Somme proche des Insoumis, qui, il y a quelques jours, avait publié un texte exhortant son camp à se saisir de l’insécurité du quotidien.
La problématique
Ce n’est pas la première fois que le leader de la France Insoumise s’en prend ainsi aux forces de police. Au cours de la campagne présidentielle, il avait dénoncé « une police violente […] qui fait ce qu’elle veut quand elle veut ». En mai dernier également, après une manifestation de soutien à un policier ayant fait usage de son arme sur le Pont-Neuf, il avait qualifié le syndicat Alliance de « factieux », réclamant « le droit de pouvoir tirer sur les gens sans que le ministre de l’Intérieur ne dise un mot ».
Mais au-delà des déclarations outrées, il faut renvoyer dos à dos toute la caste politique dans son ensemble, ainsi que la haute hiérarchie policière. La droite dite républicaine a laissé le sujet de la sécurité à l’ultra-droite (RN et Reconquête). À gauche, les sujets d’insécurité restent tabous. Les élus doivent se saisir des sujets régaliens !
Depuis longtemps, on laisse les policiers et les gendarmes seuls devant leur responsabilité, sans ordre et sous-équipés. On attend toujours une grande réforme du Code de procédure pénale, une application effective des peines prononcées, une adaptation du régime de légitime défense pour les forces de l’ordre. En attendant, nous assistons impuissants à la prise en otage de population entière par des petites frappes des banlieues. Chaque semaine, on égrène le nom de ses femmes et de ses hommes qui mettent fin à leurs jours.
N’oublions jamais qu’il n’y a pas de libertés sans autorité.
Je vous invite à lire deux textes rédigés par l’avocat pénaliste Maître Laurent-Franck Liénard :