Véran : le ministre qui se lamente
Je me garderai de critiquer un ouvrage que je n’ai lu ni ne lirai. J’ai trop de chefs-d’œuvre en attente pour m’éparpiller vainement.
Critiquer les décisions de l’auteur ministre, en revanche, je le puis… Je les ai subies, comme chacun des citoyens de cette nation martyrisée par sa propre technocratie. J’en ai souligné en temps réel les excès mortifères, ce qui ne relevait pas de l’exploit. J’ai, bien évidemment, été qualifié d’idiot par une partie de la meute mais le temps me donne modestement raison.
Quel gâchis…
Olivier Véran incarne à merveille la suffisance de la caste des technocrates contemporains, ces condors persifleurs et hautains qui toisent du haut de leur branche le monde d’en bas, persuadés de résoudre toutes ses problématiques à la manière de l’ingénieur. Des stratèges ? Des nains, que l’on a grandis en omettant l’étage supérieur et la crise en a apporté la énième démonstration. Quelle meilleure occasion de sévir que cette pandémie ? Le résultat ? Consternant… Un coût humain et financier colossal et une addition de 100 milliards qui tombe pile à l’heure où frappe une crise sans précédent. 230 000 entreprises à liquider malgré les perfusions d’argent magique, en attendant celles que la facture d’électricité précipitera vers la faillite. Et il faudrait se fader le récit enjolivé de deux années de nuisances afin, je suppose, que le bon peuple se prosterne face à ses mocassins à glands… Oh merci, Olivier pour ton sacrifice…
L’État se rit pourtant des avis périphériques, en général. Il ne retient que les flatteries. Ainsi, a-t-il ignoré les mises en garde des médecins concernant la gestion de la covid. Ainsi, depuis dix ans, ignore-t-il les alertes au sujet de l’incohérence de la politique menée contre la filière nucléaire.
Dans les deux cas, l’État terrorise le crédule.
À grands renforts d’évènements météorologiques banals et sans lien avec le climat, concernant ses choix énergétiques. À grands renforts d’index et de taux d’incidence concernant la pandémie. Un degré en un siècle : voilà la seule réalité. Et 0,3 % de mortalité pour la covid, soit probablement guère plus que la grippe asiatique de 1969. Réalité une fois encore… L’État œuvre impunément contre les intérêts des citoyens.
Le dogme a pris le pas sur la raison
La gauche déconstruit le vieux monde mais, à l’occasion, la bonne vieille réalité vient se rappeler aux prodiges qui entendent en modifier le cours. Ayant vidé les caisses, les dirigeants ne sont même plus en capacité de corriger leurs impardonnables fautes. Le vent va tourner et ils le savent. Chers concitoyens, serrons les dents. Chers élus, on ne vous oubliera pas : écrivez, refaites l’histoire si cela vous chante.
Alors, que dire de notre génial ministre ou, plutôt, de son action ?
Les masques, tout d’abord, prétextes à discussion au commencement du cataclysme mais qui ne sont qu’une goutte dans l’océan des incohérences… Pour être honnête je n’ai jamais porté le mien que par considération pour ceux qui lui accordaient une importance. Je n’ai jamais imposé à l’oublieux la moindre remarque hostile. A-t-il pesé sur le cours de l’épidémie ? En avons-nous seulement la preuve par publication ou, une fois encore, le fait de le juger indispensable repose-t-il uniquement sur des avis d’experts ou sur l’inusable bon sens, c’est-à-dire sur du sable ? Sincèrement, je ne le sais pas.
Je sais seulement que le rôle de l’État était d’assurer l’intendance, ça et rien d’autre et il a failli en ce domaine. Le reste relevait de la responsabilité de mes confrères, universitaires ou praticiens de terrain. L’État s’est cru médecin. Il s’est appuyé sur un conseil scientifique qui, privé de publication préalable, n’avançait qu’à tâtons et qui a même parfois servi de prétexte à des décisions qu’il n’avait aucunement approuvées.
Si l’on devait égrener l’arsenal des absurdités imposées par l’État au cours de ces deux ans, Contrepoints devrait acquitter un supplément auprès du service qui héberge ses données.
Célébrons donc le trio Castex Macron Veran et sa ribambelle de diktats : en URSS, on qualifiait les décisions les plus ineptes d’oukases idiots. Au moins ne s’y soumettait-on pas… Étienne de La Boétie nous le répète depuis trois siècles mais on ne l’entend toujours pas : le tyran n’existe que grâce à la soumission de ses citoyens. En matière d’oukases idiots, le trio aura fait preuve d’une inventivité remarquable. Battus, les Soviétiques, éparpillés, anéantis… Commerces agréés par Cerfa, attestations à horaires variables, stations de ski sous surveillance, un jour noir, patients éloignés des structures de soins, praticiens empêchés d’exercer, un jour oui, un jour non, un jour blanc : l’État, roi de la mesure au doigt levé, a concurrencé le virus dans le domaine de la nuisance…
Aujourd’hui, à la manière de son chef en même temps, Véran voudrait être aimé mais l’Histoire est cruelle et les quelques encouragements des rares journalistes qui le soutiennent encore ne devraient guère peser. Et le réseau n’oublie rien.
Au faîte des inepties, le confinement… La balance bénéfice risque n’a jamais pesé en sa faveur. Passé la panique compréhensible de mars 2020, il aurait dû être rangé dans le tiroir des oukases idiots. Le scénario d’une submersion généralisée des services était irréaliste. Cela a été dit, écrit, raillé, ridiculisé… La morbidité et la mortalité ont crû de 3 à 5 % dans toutes les spécialités, la psychiatrie a vécu des tensions inégalées et le moral des adolescents a amorti de plein fouet un embastillage hautement délétère. Quant à l’économie… Doit-on célébrer celui qui a ignoré les mises en garde au prétexte qu’il réalise enfin les conséquences de ses âneries des mois après les faits ? Non, me concernant. Il a été mauvais gouvernant.
Autre lubie, les simulations de répartition des épidémies par compartiment. Elles restent des outils de recherche, toute comme les simulations climatiques. Ceux qui osaient en souligner les limites étaient des obscurantistes antiscience. Résultat : elles ont été systématiquement hors des clous et le président a même prédit 400 000 morts en novembre 2020 sur la base de leurs résultats. Merci la science…
La thérapeutique, ensuite, sujet hautement sensible !
Comme l’État, certains citoyens se veulent médecins mais la médecine, guère plus complexe que de nombreuses tâches, requiert tout de même quelques bases.
L’État est une machine lourde, poussive, bête, têtue qui n’a rien à faire dans ces sujets qui lui échappent. N’oubliez jamais Lyssenko… La médecine, la physique, la thermodynamique du climat, ça fait un peu beaucoup pour le technocrate. Ce sont sans cesse les mêmes écueils.
Rien n’autorise un État à décréter la vérité
Comme beaucoup, l’État confond connaître la science avec connaître des scientifiques.
La science traite de données et si l’on prétend parler en son nom, c’est uniquement sur elles qu’il faut s’appuyer. La croissance, l’énergie et les transports étant linéairement corrélés, l’État a appauvri sciemment les citoyens, ce qui me semble relever du délit.
À quand la class action des victimes du froid ? Des victimes des confinements ? Des victimes des défauts de soin ?
À quand la class action ciblant les fake news d’un État qui a répandu la terreur ? Ses chiffres annonçaient une tout autre réalité que celle que l’on observait. Ces manipulations ont été prétexte à rogner les libertés individuelles.
La démocratie a été foulée aux pieds au nom d’urgences imaginaires. Quels que soient les écrits du trio sus-nommé, je ne pardonnerai pas ça et j’espère que l’Histoire en fera de même. Historiens et romanciers de demain, sachez-le : le monde comptait des réfractaires.
La crise qui s’annonce devrait bousculer les équilibres. S’il suffit de quelques écrits, de quelques coups bas et de pleurnicheries indignes d’un ministre pour que nous tournions la page, alors nous sommes fichus et nous le méritons. Ce dernier fait le récit d’une crise « hors norme et inédite » qui n’est jamais que la redite de l’épidémie de 1969. Alors, l’hystérie n’était pas de mise. Plutôt que réhabiliter les artisans de nos malheurs, ne faudrait-il pas profiter qu’ils ont genou à terre pour les frapper un bon et salutaire coup ? Rien de définitif. Qu’ils restent juste au sol un certain temps, loin du pouvoir. Les responsables de la gestion du Covid ou de la crise énergétique sont toujours aux commandes, bien résolus à en ajouter des couches tant que nous ne les aurons pas dirigés vers la sortie. Énergie, santé, voyez où ils nous ont menés.